Unison

Unison2-Philippe_Mazzoni

Comment vous-êtes vous rencontrés?

MELANIE : Nous nous sommes rencontrés fin 2008 via internet, Julien cherchait une chanteuse pour un projet qu’il avait en tête depuis longtemps. J’ai tout de suite été captivée par ses propositions musicales, la magie a opéré, à tel point qu’on est inséparables depuis. Tout est lié chez nous. La musique, l’esprit, les corps, le cœur. C’est devenu quelque chose d’infiniment puissant, bien au-delà d’un simple projet musical.

Votre musique est rare en France. Quel effet cela fait d'ouvrir la brèche de ce genre dit "witch house" dans son propre pays?

MELANIE : C’est plus un groupe de gens qui se sont sentis plus forts en se rassemblant. Même si en l’occurrence le rassemblement est plus virtuel que réel, car il s’est fait via le net quasi uniquement. Notre entrée là-dedans s’est faite très naturellement. En fait, on nous a intégré dans le truc alors que nous n'avions absolument rien demandé... et ça nous a bien fait plaisir!

Aujourd’hui l’effet s’est inversé, de nouveaux arrivants font tout pour faire partie du mouvement et prendre le train en marche. Beaucoup de nouveaux sont très axés sur l’apparence et la pose, ce qui fait perdre au mouvement un peu de sa force originelle. Il faut aussi dire que les dés étaient pipés d’avance, vu que l’étiquette Witch House est devenue étendard alors qu’au départ ce n’était qu’une blague faite par Pictureplane pour définir sa propre musique. Les blogueurs ont monté le truc en épingle, suivis ensuite par les magazines. Nous sommes malgré tout très contents d’avoir rencontré un certain nombre de gens dans ce mouvement avec qui on reste très liés : Salem, White Ring, Ritualz… Ce sont de vrais artistes avec des personnalités tout à fait attachantes et ultra sincères. Nous nous sommes reconnus et ils nous ont adopté.

JULIEN : Etre en quelque sorte les représentants du mouvement en France a pour nous une utilité toute particulière : signifier à tout le monde que nous ne faisons pas partie du jeu. Nous ne sommes pas fluos, nous ne faisons pas de la musique pour se défouler en sortant du boulot. Nous ne sommes pas festifs, ni metal, ni rock-à-mèche… Nous sommes encore moins des héritiers de Joy Division ou du Krautrock ou post-punk ou new-wave. Bref, nous rentrons dans aucune des castes/cases actuelles de la scène française.

Tout ça nous fait chier. Nous voulons de la musique qui prend aux tripes. Et pas de la simple consommation. Le cynisme à la française nous fatigue aussi. Nous aimons plus la frontalité, la sincérité et la simplicité. Faire la musique qu’on fait est tout simplement une nécessité vitale. Qu’on soit dans tel ou tel mouvement ou pas. Mais nous sommes quand même super reconnaissants pour tout ce qui nous arrive en ce moment !

Et beaucoup de gens sont terriblement affamés de nouvelles musiques et sont fatigués par l’immobilisme français. Les réactions sont parfois extrêmes et émouvantes. Nous sentons que les gens sont très heureux d’avoir reçu de l’amour et des émotions vraies. Ils sont demandeurs de ça. Et c’est en grande partie pour ça que l’industrie du disque se casse la gueule en ce moment…

Votre album est à la fois sombre et lumineux, mélancolique et plein d'espoir... Comme vous?

MELANIE : Oui, tout à fait. Nous mettons en avant la dualité qui nous compose. Le positif / négatif… la lumière / l’obscurité… Le bonheur éclatant / la tristesse infinie… La ville / la campagne… Le côté sauvage / le contrôle de soi… L’amour / la haine… L’intelligence sophistiquée / l’archaïsme originel… Unison n’est pas un fourre-tout, loin de là, mais plutôt un fil tendu entre nos contrastes polaires, et prêt à craquer à tout moment. Le catalyseur ultime, un prisme. Une belle mais difficile expérience pleine de lumière, d’amour et de tristesse.

Une citation qui vous collerait à la peau?

Seuls contre tous.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni


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