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Faut-il prendre quelque distance avec l'image pour se consacrer entièrement à un album ?

 

Je n'ai pas pris de distance avec l'image. J'ai au contraire réalisé deux nouvelles séries de photographies pendant l'enregistrement et la sortie de mon album : une série sur l'écrivain Bernard Lamarche-Vadel (c.f. le livre La visite, éd. Filigranes, 2010) et une autre sur le Mexique (exposition prévue cet automne à Mexico puis en janvier à la galerie Vu'). Pour moi, il n'y a pas vraiment de hiatus entre l'image et la musique, puisque dans les deux cas il s'agit d'une démarche d'"auteur" :  j'utilise simplement deux modes d'expression, en l'occurence la photographie et la chanson.

 

Comment s'est passée la collaboration avec Marc Collin? Pourquoi lui ?

J'ai rencontré Marc un soir dans un vernissage. Patrick Bouvet, un ami écrivain, m'avait dit que nous pourrions peut-être nous entendre... Nous sommes allés dîner dans un petit restaurant et, assez naturellement, l'idée de faire un album ensemble a germée entre nous. Deux mois plus tard, nous étions en studio pour attaquer "Nous étions Dieu". En fait, nous avons fait cet album comme deux adolescents : nous nous sommes découverts des goûts communs pour la new-wave, le krautrock et souvenus des groupes que nous écoutions au collège, comme The Cure ou New Order... C'est pourquoi nous avons décidé de produire cet album pour les adolescents que nous étions.

Après avoir passé autant de temps derrière l'objectif, quel est votre rapport à la scène - de devenir sujet, en quelque sorte ?

C'est une sensation étrange. Un peu comme de passer du rôle de voyeur à celui de l'exhibitionniste ! Mais en vérité, ma pratique de la photographie n'a jamais été une pratique inféodée ou "appliquée" : je ne me sens ni reporter, ni portraitiste (même si j'ai fait quelques portraits pour des pochettes d'albums)... C'est à dire que j'ai toujours considéré que mon travail photographique existait en dehors de tout "sujet". Je réalise la plupart de mes projets photo dans le cadre de résidences d'artiste où je jouis d'une grande liberté d'expression et je ne travaille que rarement sur commande. Je considère que la photographie est un art au même titre que la chanson. Même si on peut penser comme Gainsbourg qu'il s'agit peut-être de deux "arts mineurs", le livre de photographies et les disques de rock sont les deux formes artistiques qui m'ont le plus touché en temps que spectateur ou auditeur...

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni


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Alexander serait-il plus accessible que les albums d’Edward Sharpe ?

C’est sans doute lié à la volonté de ne pas être trop prétentieux ou d'être intentionnellement secret, mystérieux, intelligent ou stupide. Dans le passé je me prenais trop au sérieux, et la musique est surtout faite pour être relax… et donc accessible. Aujourd’hui, je suis capable de mieux communiquer.

Pourquoi faire un disque seul?

Parce que je voulais faire de la musique dans ma chambre! C’est quelque chose que j‘ai toujours voulu faire mais sans jamais en prendre le temps. La peur de se confronter à son ego… mais cela m’a au contraire amené une certaine paix. La seule façon de gagner, c’est de se perdre.

La musique est-il avant tout un partage?

Une sortie d’album, c’est extraordinaire comme sensation. C’est une joie, comme un émerveillement d’enfant. Ca m’épate à chaque fois que les gens se l’accaparent et c’est une façon pour moi d’être rattaché à l’humanité. Nous partageons des sensations communes. Cela me rassure, surtout pour moi qui ait peur des aliens!

Le voyage peut-il être aussi intérieur qu’extérieur?

Je vis à L.A., à Echo Park. C’est là que j’ai fait la plus grande partie de l’album. Mais je voyage beaucoup et la terre devient petit à petit ma maison. Ma vie se résume à me lever et à jouer, où que je sois. Je sais aussi qu’il faut enrichir son experience autrement qu’avec la musique. En ce moment, je pense à partir méditer en Inde pendant dix ans...

Un coup de foudre artistique ?

La dernière fois que je l’ai lu Don Juan à ma copine, ça nous a fait pleurer… C’est amusant, mais ça te brise le cœur. Et Lord Byron. La plupart des gens disent ne pas pouvoir décrire ce qu’ils ressentent, mais lui peut. Le vrai métier des poètes, c’est de rendre justice aux sentiments pour en inspirer de nouveaux. Et c'est exceptionnel d'y arriver sans l'aide de la musique.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni


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Comment rester vivant dans l'industrie de la musique?

BERNARD FEVRE: En la côtoyant sans jamais la pénétrer, ou bien très couvert, c'est pourri de germes! Blague à part, je ne sais pas si je suis vraiment dans l'industrie de la musique. Ce que je fait est plutôt artisanal, et ça a toujours été comme ça. Pendant 25 ans, j'ai même été plutôt déconnecté de l'actualité musicale. Aujourd'hui, j'ai une équipe autour de moi qui s'occupe de mes affaires et je peux me concentrer sur la musique, produire, faire des remixes, des prestations live. J'ai beau tourner dans le monde entier, ça reste professionnellement parlant très familial, et amical avec mes fans : je suis quelqu'un de simple. C'est mon alter ego Black Devil qui est plus extravagant, mais il s'exprime uniquement en musique. Je ne peux m'empêcher d'être attiré par lui, d'où la chanson qui clôt mon nouvel album, "The Devil is Magnetic".

Pourquoi avoir appelé cet album Circus?

Parce que je réussis, après tant d'années, à réunir une famille musicale et surprenante autour de ma musique. En quelque sorte, c'est l'ouverture de mon club privé à des connaissances. Je fais à la fois le physio et le DJ. Et à l'intérieur de ce cirque, chaque invité fait son numéro sur une chanson dont je reste le maître de cérémonie. Ma musique étant assez visuelle, il faut voir cet album comme la bande originale d'un spectacle décadent.

Dans Circus, comment réussir cette cohésion musicale avec autant d'invités différents?

Je n'étais pas sûr que cela fonctionnerait mais ma musique a su "habiller" ces voix et ces personnalités fort différentes. Et j'en suis très fier. Même si le processus était artisanal, il s'agissait de professionnels qui savent apporter leur touche sans pour autant dénaturer la chanson pré-existante. Et comme je m'occupe de toute la production de A à Z ça reste un album de Black Devil Disco Club avant tout.

Lorsque vous pensez à tout ce chemin parcouru, assez incroyable, que ressentez-vous?

Pour ce qui m'arrive aujourd'hui, beaucoup de plaisir et d'amusement. Mais j'aurais préféré que cela arrive plus tôt! Ceci dit, je ne suis pas rancunier ni nostalgique, j'ai appris à m'accommoder de la réalité et je regarde toujours vers l'avant. D'ailleurs, je ne tourne quasiment qu'avec des artistes plus jeunes que moi, qu'il s'agisse de mes remixeurs ou de mes invités sur un album. Cela me permet de rester "en contact" sans me forcer.


Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni


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Enregistrer un album… que cela implique-t-il pour vous?

C’est ce que j’aimerais faire toute la journée, tous les jours. L’enregistrement de How To Live On Nothing fut très intense, un mélange entre le fait d’être à la fois sous contrôle et complètement hors contrôle. C’est cet équilibre qui rend la musique belle. Je n’aurais rien pu faire de mieux avec ma petite existence...

Pourquoi le titre de votre dernier album, How To Live On Nothing ?

C’est une description sincère et transparente de ce que je vis depuis quelques années. Des pays différents chaque semaine. Manger, ne pas manger. Dormir, parfois dans ma voiture en regardant par la fenêtre les gens fous de Los Angeles. Jouer sur scène devant énormément de monde, ressentir la meilleure énergie possible: celle entre la musique et les gens, entre la musique et mes mains qui tiennent la guitare.

Quel est le principal rôle d’une chanson - de vos chansons ?

De me garder en vie sur cette planète. De garder l’esprit vivant. De garder le cœur heureux ou triste. Pas de pression, du pur plaisir.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

 

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AsafAvidanTheMojos

Premiers souvenirs musicaux ?

Mes parents ont grandi durant les années 70 à New York, ils y ont vécu avec le blues, le jazz, Hendrix, les Doors… C’est là-dedans que je suis né, mais je ne me souviens pas de grand chose avant mes 13 ans et le choc Nirvana, la scène grunge des années 90… C’est plus tard que j’ai vraiment réalisé à quel point j’ai eu une bonne éducation musicale.

Premiers instruments ?

Je joue de l’harmonica, du piano et de la guitare depuis des années, mais je ne me vois pas comme un musicien car je n’ai jamais appris à jouer formellement d’un instrument. C’est pour cela que je suis très admiratif des musiciens qui m’entourent. Par exemple, je ne sais pas ce qu’est une échelle pentatonique. Nous l’utilisons fréquemment, mais je ne saurais pas le décomposer. Heureusement, je joue suffisamment bien de la guitare pour accompagner mes chansons.

Premier coup de foudre?

A 7 ans, lorsque mon père m’a mis un casque énorme sur les oreilles pour écouter The Wall. J’aimais le coté théâtral de l’histoire, dont je m’inspire encore aujourd’hui dans ma musique, avec cette notion d’histoire, de conversation. Plus tard, j’ai vu le film, à la fois œuvre d’art, concert rock’n’roll et ballet… impressionnant. Ce sont les Pink Floyd qui m’ont fait perdre ma virginité musicale !

Premiers concerts ?

C’était en 2006, dans un bar, où je jouais quelques chansons hippies. Un soir, Ran Nir, le bassiste des Mojos, est venu vers moi, et m’a demandé si je voulais faire de la musique avec lui. Ce fut comme une bénédiction.

Premières fois avec les Mojos ?

On a tous grandi à Jérusalem… c’est un petit monde. Même si nous étions de différentes générations, nous avons réussi à nous rencontrer. Très vite, les concerts nous ont soudés, et encore plus les tournées. Nous sommes partis à New York, Pékin, en Europe. Les choses vont vite. Sortir de l’anonymat, c’était nouveau pour nous tous. J’essaie de m’accrocher, sans comprendre tout ce qui m’arrive… Et j'essaye d’oublier que la musique est ma thérapie.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni


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