Las Aves

Las Aves-Philippe-Mazzoni 2

JULES

Pourquoi ce choix de nom, Las Aves?

Nous aimions le fait que le nom n'aiguille vers aucun style de musique en particulier. Nous voulions quelque chose d'étrange, qui soit un peu hors du temps...

Comment avez-vous l'idée de cette renaissance inattendue ? Y pensiez-vous depuis longtemps?

En fait, l'évolution musicale n'était à aucun moment préméditée, ou même consciente. C'était la finalité d'un très long processus, tant humain, psychologique que musical. Le rock était notre moyen d'expression depuis notre adolescence. Nous faisions du skate, et nous nous exprimions avec ce que nous avions sous la main: deux guitares, une basse, une batterie et de la sueur. Mais même durant cette époque, nous étions autant influencé par The Clash que Portishead, autant par Siouxie and The Banshees que M.I.A. Mais ces influences se retrouvaient diluées dans une énergie punk et une écriture définitivement rock. A l'époque de The Dodoz, nous enregistrions nos albums en live sur bandes analogiques, tous ensemble dans une même pièce, le plus souvent en une prise. C'est quelque chose qui nous tenait à coeur, qui était cohérent avec notre façon d'envisager la musique.

Mais nous étions très jeunes, nous avions tout appris par le rock et les guitares. Je pense que nous n'aurions même pas su allumer un synthé, ou sortir un seul son d'une boîte à rythmes. En grandissant, nous nous sommes beaucoup plus intéressés à la production. Nous voulions comprendre comment ces morceaux trip-hop ou hip-hop s'étaient construis, d'où venaient ces sons.

Après une tournée géniale mais éreintante en Europe de l'Est avec The Dodoz, nous sommes tous rentrés à Toulouse, épuisés. Nous avons senti le besoin de faire une pause, de prendre du recul sur la musique. Nous sentions une certaine routine pointer le bout de son nez, et c'est exactement ce que nous avons toujours essayé d'éviter. Certains d'entre nous se sont réfugiés dans la boxe, d'autres la mécanique. Vincent et moi étions DJ résidents dans un club à Toulouse, où il fallait faire danser les gens tous les soirs. On a découvert la trap, la Bass Music. Ca nous a ouvert à tout un pan de la musique que nous avions un peu ignoré.


Puis nous sommes tous revenus dans un petit home studio, petit à petit. Pour jouer ensemble, expérimenter un maximum. Il n'était en aucun cas question d'un album, nous voulionsjuste faire de la musique, se laisser surprendre. La configuration du lieu était telle qu'on ne pouvait pas enregistrer à 4 en live, ce qui pour nous était absolument nouveau. C'était un peu comme se retrouver au volant d'un poids-lourd sur la file de gauche en Angleterre, avec des ronds point partout (rires). Nous avons tout appris sur le tas, comment enregistrer nous même, comment transformer des sons dans un ordinateur… Nous nous sommes alors retrouvés dans un amateurisme total, à jouer d'instruments qu'on avait jamais touché auparavant. Les accidents se multipliaient, et chaque erreur nous ouvrait d'autres possibilités, chaque limite nous donnait des idées. Comme des enfants dans un cockpit d'avion, c'était hyper grisant. Petit à petit, un nouveau son apparaissait. Plus hybride, moins codé. C'était très excitant de ne pas savoir du tout où on allait, quelle serait la finalité de tout ça. C'était comme une seconde adolescence, nous avons vu notre corps changer et nous étions à la fois exaltés et paniqués (rires).

Pourriez-vous nous expliquer vos choix esthétiques, l'importance du visuel dans votre musique?

Le visuel où plutôt l'image existe qu'on le veuille ou non depuis presque toujours, dans le sens ou même les bluesmen des années 30 avaient déjà une image. A partir du moment où la musique est incarnée, l'image rentre en jeu. Mais c'est vrai que nous sommes arrivés à un point aujourd'hui où les groupes travaillent d'abord l'image, ensuite la musique. C'est devenu commun et même nécessaire, alors que l'essence du truc reste et doit rester la musique. Nous avons un peu ce fantasme d'une ère où les visuels n'existeraient pas, et seule la musique parlerait pour elle même. Je pense que chaque artiste et son public seraient radicalement différents de ce qu'ils sont aujourd'hui, ce serait assez intéressant de voir ce que ça donnerait.

Mais d'un autre côté, cette abondance de visuels est hyper enrichissante pour les artistes, si la démarche reste personnelle et passionnée. Pour Las Aves, la musique est la priorité, mais nous aimons énormément développer l'aspect visuel. Nous avons des images assez précises qui nous viennent en tête pour illustrer les morceaux, et on attache beaucoup d'importance à travailler avec des gens que nous admirons. Pour les clips par exemple, nous travaillons quasiment exclusivement avec le réalisateur anglais Daniel Brereton. C'est quelqu'un qui vit vraiment pour son art, qui a des idées un peu différentes, et une énorme sensibilité.


Comment s'est déroulée la collaboration avec Dan Levy ?

Notre première rencontre, c'était à l'occasion d'un festival dans le sud de la France... autour de 2009, il me semble. Nous nous étions juste croisés, mais nous nous étions dit : "ce mec est un connard", et nous avons su après que lui avait pensé : "c'est des petits cons" (rires). Puis beaucoup de temps est passé, et nous lui avons envoyé 4 titres par mail en 2013. Il m'a appelé le lendemain pour me dire qu'il adorait. En 10 minutes au téléphone, il avait tout compris à ce qu'on essayait de faire. Il voyait même déjà comment nous amener plus loin... Nous enregistrions les morceaux façon DIY chez Nem (la chanteuse) ici à Paris, puis nous ramenions tout ça en Normandie chez Dan et c'était bouclé en 1 ou 2 jours... avec quelques débats enflammés au milieu!

  

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Aymé

Ayme-Philippe-Mazzoni

Pourquoi et comment décide-t-on de se consacrer uniquement à la musique? 

Moi c'est un concours de circonstances. J'ai rencontré mon producteur Benjamin Salem, qui, par hasard, m'a fait chanter sur quelques pubs. J'avais le désir secret de faire un album mais je n'osais pas trop y penser, j'insinuais le truc doucement genre "ce serait trop cool que je fasse un album" puis on a fini par me le proposer. A partir de là, j'ai lâché mon activité dans le cinéma et c'est devenu ma priorité.

Quels sont les artistes qui vous ont donné envie de faire de la musique et, mieux encore, de monter sur scène?

J'ai toujours fait de la musique, mon père écoutait beaucoup de musique et faisais du piano... Assez mal ! Mais c'était quelque chose de très présent dans mon enfance. Je me souviens très bien de ma première émotion musicale : un vinyle de flûte de pan. Je me souviens m'être dit "c'est tellement beau". Je rentrais seul chez moi dès le CP et mes parents ne rentrait pas avant 20h, donc je passais mon temps à écouter des disques avec le son à fond. Quand c'était des lives, je mimais tout les instruments. Que des bons souvenirs ! Je crois que c'est tous les artistes de cette période qui m'ont formés. Il y avait Kate Bush, Peter Gabriel, Talk Talk mais aussi du Gainsbourg.

Quelle était l'ambition artistique de ce premier album? Aviez-vous une idée précise en tête?

A l'origine, je voulais faire un truc sur l'adolescence mais, très vite, c'est devenu quelque chose de beaucoup plus complexe. Avec d'un côté mes passions (ésotérisme) et convictions (politiques et scientifiques) d'adulte et de l'autre beaucoup de flashback de l'enfance ; et au milieu, ces sentiments adolescents de la rébellion, de la passion amoureuse, de la détresse. Cette espèce d'intensité permanente noyée dans le mal-être, et de laquelle on veut s'échapper à tout prix - quitte à rêver de pays imaginaires comme ceux de mes deux derniers clips.

Votre dernier coup de coeur artistique?

Julia Holter. Je suis tellement frappé par la liberté qu'elle s'octroie, que ce soit en terme de structure, de format des chansons et des thèmes abordés, tout ça avec une grâce incroyable. Sur le dernier album elle a vraiment travaillé avec des références pop, on entend les influences (ce que j'adore évidemment) mais elle fait ça avec tellement de personnalité. C'est très très fort.

 

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Andy Shauf

Andy Shauf-Philippe-Mazzoni 

 

Comment est né The Party?

J’ai enregistré The Party à Regina, Saskatchewan, au Canada, dans un studio baptisé Studio One. En gros, c’était moi, seul dans une pièce, partagé entre mon ordinateur portable, qui me servait à contrôler l’ordinateur de la salle de contrôle, et mes instruments.Le studio était isolé, très calme, et j’y ai passé des heures à essayer de trouver les sons qu’il fallait.

Quand avez-vous décidé de vous lancer dans la musique ?

Une fois le bac en poche, j’ai décidé de prendre une année sabbatique pour tenter ma chance dans la musique. Dix ans plus tard, je tente encore!

Quels artistes vont ont donné envie de l’être, vous aussi ?

Dans la ville où j’ai grandi, il y avait beaucoup de musiciens, de petits groupes, et c’est ce qui m’a fait réaliser que c’était possible d'écrire des chansons. Elliott Smith a aussi été un artiste extrêmement important pour moi. Son songwriting et sa musique m’ont démontré à quel point on pouvait faire beaucoup avec juste une voix et une guitare.

Si vous n’aviez pas été musicien…?

Bonne question ! J’étais bon en maths à l’école et j’ai toujours pensé que je serais comptable. Je ne me suis pas encore totalement décidé...

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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C Duncan

C Dunca-Philippe-Mazzoni

 

Comment travailler un album seul chez soi ?

Honnêtement, c'était difficile. Je vivais avec deux autres personnes à l'époque et je devais attendre qu'ils partent travailler pour enregistrer. J'utilisais des casques tout en produisant l'album afin d'y travailler jusqu'à tard dans la nuit sans déranger personne...

Pourquoi l'avoir appelé Architect ?

Parce que j'ai enregistré et produit l'album moi-même, que je devais avoir un contrôle total sur la conception de l'album (les couches, les sons, la manière dont le tout s'imbriquait)... Cela fait de moi l'architecte de ce disque, en quelque sorte!

Quelles étaient vos inspirations pour la couverture de l'album, que vous avez peint vous-même ?

Les immeubles de Glasgow. Cette ville a changé avec les siècles mais il y a beaucoup de répétitions dans son architecture. Comme ma musique, mes peintures sont assez complexes... J'ai étudié la musique classique et contemporaine contemporaine à l'université et je mélange cet apprentissage avec mon amour de la musique pop. Tout en conservant la structure de la musique pop, mes chansons sont multi-couches, comme beaucoup de pièces classiques.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Will Butler

Will Butler-Philippe-Mazzoni

 

EN SOLO.

Le travail en collaboration peut être très enrichissant, mais aussi paralysant. Au sein d'Arcade Fire, on peut être plus relax, car on sait que quelqu'un d'autre va forcément venir avec une grande idée musicale. Mais parfois, cette même grande idée peut mourir lorsqu'elle est confrontée aux idées des autres... C'est très gratifiant d'avoir la responsabilité ultime de toute sa musique, et c'est mon cas sur Policy. Nulle part où me cacher ! C'est en partie pourquoi l'album est paru sous mon propre nom et non sous le nom d'Arcade Fire.

POLICY.

Policy rassemble des morceaux relativement simples, rafraîchissants. Et c'est ce que je voulais préserver. Je me suis concentré longuement sur chaque titre en essayant d'exprimer sa profonde personnalité. Après, il a fallu rendre le tout cohérent. Car si les structures sont simples, la complexité et le plaisir proviennent de la manière dont les morceaux jouent les uns contre les autres. Cependant, la simplicité n'est pas forcément plus attirante que la complexité. La transparence n'est pas systématique plus intéressante que la densité. Les poèmes courts ne sont pas toujours plus efficaces que les longues poésies...

À VENIR.

Je me vois aborder l'épique - pas pas dans le champ des émotions qu'il produit, pluôt dans le but de concentrer tout un monde mythologique. Ce que j'aime dans le classique, c'est qu'un compositeur peut aussi briller par les études qu'ils travaille, du Chopin ou du Bach, et qu'elles se révèlent aussi belles et importantes que leur propre création. Cela aussi, c'est un univers à explorer...

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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