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Baio-Philippe-Mazzoni

Quelle est l’histoire de votre second album Man of The World? 

L’histoire de Man of the World a commencé l’année dernière, le 24 juin. Je voyageais de Londres, où je vis depuis quatre ans, à Berlin, pour voir des amis. Ce matin-là, il devint officiel que l’Angleterre quittait l’Union Européenne. En atterrissant à Berlin, j’ai appris que le Premier Ministre démissionnait. Les passagers étaient très agités. Alors que je passais la douane, en montrant mon passeport, j’ai eu l’impression de vivre un véritable moment historique. Mais surtout, je me sentais très angoissé par ce que semblait devenir ce monde. Cette angoisse ne m’a pas quitté depuis… C’était aussi l’époque des élections présidentielles américaines. Et pour la première fois, mes amis et mois avons réalisé que Trump pouvait gagner.

Je suis ensuite devenu obsédé par les news. J’ai arrêté de lire, d’écouter de la musique, je ne faisais qu’une chose : rafraichir mon fil Twitter pour savoir ce qui se passait à la minute près aux Etats-Unis. Finalement, en septembre, afin de préserver ma santé mentale, j’ai commencé à travailler sur mon nouvel album. C’était la seule manière d âme changer les idées.

Juste avant l’annonce des résultats, je terminus ma tournée américaine pour mon premier album, The Names. J’ai conduit de la Californie à New York puis jusqu’au Texas. Je ne pouvais toujours pas envisager que des gens puissent voter pour un fou furieux. Je suis rentré à Londres, et, devant les résultats, j’ai commencé à perdre la tête. Ce qui a donné les deux morceaux les plus sombres de l’album : « I’m Not Curious » et « Shame in My Name »

Qu’est-ce que ça fait, d’être un Américain en Angleterre?

En un seul mot, j'en suis honteux. A l’étranger, je me sens très Américain… Où que je me trouve, je représente mon pays et ce n'est pas toujours facile mais je suis aussi très fier de la résistance qui s’est construite chez les Américains, et j’espère que ce point d’orgue dramatique est aussi le début d’une nouvelle vision du monde. D'une autre ère, plus sereine et constructive.

Pourquoi la musique peut-elle changer le monde?

D’après moi, la musique tient un très grand rôle aujourd’hui. Le fait de sortir et de s’amuser est quelque chose de très politique dans les temps agités que nous traversons. Et la musique sert précisément à deux choses. D'abord, elle offre un moyen d’échapper à la cruauté et la violence de ce monde. Ensuite, seule la musique peut vous faire sentir moins seul. Man of the World est né d’un sentiment de peur irrépressible, et le fait de pouvoir les partager me fait sentir moins isolé. J’espère que ceux qui l’écouteront ressentiront la même chose.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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