Articles

Jay-Jay Johanson

Jay jay Johanson-Philippe-Mazzoni

 

Je vis dans la banlieue de Stockholm, j’y suis très heureux, c’est formidable d’y créer de l’art, mais c’est terriblement ennuyeux. Dans le reste de l’Europe, les gens se battent, ils s’énervent pour un rien, ils sont de mauvaise foi. Alors qu’en Suède, on est incapable de s’engueuler, on restera très calmes, désespérement polis, on ne se battra pas pour une idée. Pendant la Seconde Guerre, ce n’est pas pour rien si on n’a pas choisi le moindre camp... Moi, j’aimerais que les Suédois exagèrent, qu'ils se situent dans le génial ou le merdique, pas le sympa. Trop médiocre.

J’ai un garçon de 6 ans à la maison qui déteste ma musique. Lui, il aime Daft Punk et Kiss. Je le comprends, j’aurais fait pareil à son âge et j’aurais trouvé ma musique à dormir debout. Et lorsqu’il m’a demandé de remettre plusieurs fois d’affilée la chanson "Dry Bones", je me suis senti le roi du monde!

Pour ma part, mon père avait des disques de negro spiritual et de vieux jazz. Il y avait quelque chose de monotone là-dedans, assez hypnotisant… Cela m’a beaucoup influencé pour Cockroach. J’avais aussi envie de revenir au pouvoir abrupt des rythmiques. C’est avec le titre "Coincidence" et ses percusssions que l’album est né - album, qui contrairement à ce que beaucoup pensent, s’inscrit selon moi dans la lignée de mes précédents travaux. Le style de mes textes, la tonalité de ma voix restent peu ou prou les mêmes depuis que je me suis éloigné de mes expérimentations trip-hop. Je vois Whisky, Tatoo et Poison comme une trilogie puisant dans l’obscurité, puis la seconde trilogie, The Long Term Physical Effects Are Not Yet Known, Self Portrait et Spellbound. Ais-je commencé une nouvelle trilogie avec Cockroach?

Il y a cependant un changement de taille : pour la première fois en plus de dix ans, je reviens aux synthétiseurs, ce que je m’étais juré de ne jamais faire! Pire encore, j’utilise un didgeridoo. Ce que tout le monde déteste, moi le premier!

Le didgeridoo, c’est un peu comme les cafards, tout le monde le déteste. Ces pauvres insectes, tout le monde veut les écraser. C’est pour cette raison que j’ai choisi d’appeler mon album Cockroach, car j’avais envie de faire quelque chose de positif, de beau autour de ce mot, quelque chose lié à l’amour qu’ils pourraient susciter. Rien n’est impossible, non?

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

 

 



Comments: