Steve Gunn

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10 ANS DE MUSIQUE

Après avoir passé autant d'année sur la route ou en studio, j’ai certainement beaucoup appris. Une chose importante à savoir faire lorsque vous êtes un musicien en tournée, c’est d'équilibrer votre quotidien alors que vous changez tous les jours de ville. En réalité, c’est un vrai challenge, et on peut souvent se faire piéger. Cela m’a pris beaucoup de temps pour comprendre comment économiser mon temps pendant les tournées. C’est une recherche sans fin, je suppose.

J'ai enfin pu vivre de ma musique très récemment. Quand je suis frustré, ou que je me plains de ma condition parfois pas très reluisante de musicien, je me souviens de l’époque où je devais aussi prendre un job à côté pour pouvoir m’accomplir.  Jusque là, je travaillais dans le milieu de l’art à New York, et je m’arrangeais toujours pour caser les concerts et les enregistrements. J’assistais l’artiste dans ses installations, organisais des expositions, et je conduisait un camion dans tout New York pour apporter leurs oeuvres à l’élite locale. J’ai eu la chance de pouvoir prendre autant de temps que je voulais pour me consacrer à ma musique, et d’avoir des amis artistes et musiciens qui me comprenaient. C’est assez perturbant de confectionner sa propre oeuvre tandis que l’on est au service d’une industrie comme celle d’un art contemporain qui se vend des millions dans le monde entier.

Bref, tous ces boulots m’ont permis d’évaluer la qualité du temps consacré à mon travail de musicien. Alors que je travaillais entre des tournées européennes et américaines, j’ai commencé à m’améliorer en tant que perforer, et plus de gens achetaient mes albums. J’ai donc eu plus d’opportunités de concerts tout en gagnant de l’expérience en studio. je suppose que cela a affecté, dans le bon sens, mon son. Je persiste à penser qu’il peut toujours s’améliorer, et j’essaye sans cesse de viser plus haut.

EYES ON THE LINES

 

Pour Eyes on the Lines, j’ai voulu rassembler, justement, toutes ces expériences passées - aussi bien du point de vue de la musique que des textes. Mes deux précédents albums ont, en quelque sorte, préparé le terrain. EJ’ai mis beaucoup de temps à comprendre ce que c’était d’enregistrer un album, et j’ai accepté les erreurs qui pouvaient en découler. Je voulais aussi que ce disque soit un peu plus puissant du point de vue sonique que mes autres disques, ce qui reflète aussi les progrès de mon groupe sur scène. Je me suis nourri de photos, de phrases jetées à la main sur un carnet, d’accords de guitare, des conversations entendues ici et là, des chansons passant à la radio…. C’était un peu comme si je créais un documentaire sonore à partir de toutes ces données. Et en studio, nous n’avons obéi à aucun plan défini. Car les meilleures idées viennent parfois en studio. 

Côté textes, je me suis davantage concentré sur l’environnement urbain plutôt que sur les beaux paysages pastoraux que j’explorais auparavant. Tout en poussant un peu plus le concept de l’abstraction. J’ai expérimenté l’écriture automatique et le compte rendu de poèmes, je me suis aussi essayé au double sens. Ainsi, l’auditeur peut interpréter les chansons comme il le souhaite.

  

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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