Sebastien Tellier

Sebastien-Tellier-Philippe-Mazzoni

 

MY GOD IS BLUE. C’est un disque qui va au-delà du disque. Les chansons se répondent toutes. Personne n’est tout seul dans mon disque. Tout est lié. Chaque chanson permet de comprendre l’autre. Un disque seul ne suffit pas à exister dans le futur. Créer un monde, ça permet d’exister pour toujours. 

LE BLEU. J’ai vu bleu et j’ai composé avec. C’est avant tout la couleur du ciel, de l’océan.  Bien sûr, il y a le bleu Klein, la période bleue de Picasso, mais je ne connaissais rien vraiment d’autre auparavant que ce bleu de l'Alliance.

L'AMOUR. Ma vie a longtemps été dénuée d’amour. En fait, la solution pour trouver l’amour, c’est redevenir enfant, mais ce n’est pas possible. Les autres n’acceptent pas la régression. 

L'ALLIANCE BLEUE. Cela fait bien longtemps que j’avais le fantasme de créer un mouvement. Un univers pour que tout le monde soit bien. Cet univers, il doit aller jusque dans la rue, dans un terrain. Créer des vraies attractions pour adultes. Or, ça ne dépend pas que de moi, mais aussi des gens qui veulent s’inscrire à l’Alliance Bleue. Sans fidèles, je ne ferais rien. Je laisserais les choses venir. 

SPIRITUALITE. Je peux encore être intéressé par un films de gangsters, mais les œuvres spirituelles, ça me fait vraiment rêver. Je ne veux pas avoir les mêmes choses à dire. J’essaye vraiment de changer. Le bonheur m’a donné envie de survoler le monde, de planer. Attention cependant, il faut parler de spiritualité avec du chien, du caractère. Quand les Témoins de Jéhova frappaient à la porte de notre maison, ils me semblaient à côté de leur vie. Je préférerais ne pas vivre que d’être confronté à une vie factuelle. Quand je partirais, j’aurais laissé une trace de mes pensées, un témoignage de quelqu’un qui voulait aller de l’avant. 

CHRISTOPHE. Il n’y a pas très longtemps, je l’ai vu au Silencio. C’était fabuleux… Il faisait des variations sur ses titres, c’était tellement bien choisi. Même à la fin de ma carrière, je ne saurais pas encore faire ça. C’est une magie supérieure! Il m’inspire depuis longtemps: quand je composais Sexuality, j’imaginais Christophe. 

RUSSIAN ATTRACTIONS. C'est l’esprit de fête (excessif) des Russes. En s’intéressant à leur culture, on découvre leur force, leur rire infernal... Mais aussi des humains qui ne peuvent pas être chose que des humains. Leur amour de l’intellect sert le fun. Le fun est réfléchi. Un Russe va beaucoup penser, mais tout ça va se terminer dans un verre de vodka. C’est ça, que j’aime. A quoi sert de réfléchir si on arrive à une réflexion complexe ?

LECTURES. J’ai énormément lu, ado. Dans mon école très catho, on était obligé de connaître tous les grands classiques. Hugo, René Char, Artaud, Gustave Flaubert… Dans ses Trois Contes, il y a Saint-Julien l’Hospitalier. L’histoire d’un jeune garçon qui aime tuer des petits animaux, puis la chasse, puis finit par assassiner ses parents, pris d'une pulsion de mort. Ca m’a plu, car j'ai aussi beaucoup de colère en moi. Je ne tuais pas des animaux, mais j’abattais des arbres dans les bois, en buvant de la vodka au goulot…. Plus tard, je n’ai lu que des essais sur les marchés, la politique, des biographies : de Slash, de Patrick Dils, Je voulais juste rentrer chez moi. Il a été plus ou moins sauvé par une émission sur TF1. Incroyable, non ?

LA DÉPRESSION. Je me suis senti très seul depuis toujours. Je passe mes journées allongé sur un canapé à réfléchir. Au bout d’un moment, on se décale de la société. Mon rythme et mes conclusions ne sont pas les mêmes que celles des autres. Donc ce qu’on vit, on ne peut les partager avec personne. Malgré le succès de "La Ritournelle", Politics n'a pas été compris. J’ai été très blessé, je me suis dit que j’étais dans un monde que je ne comprenais pas du tout. Aujourd'hui, je suis guéri.

PEPITO BLEU. Je suis né sur Terre, mais je m’imagine souvent venir des étoiles. Je m’imaginais arriver dans un grand costume de Pépito bleu. Et peut-être que rien ne me rassure plus qu’un biscuit. Le Pépito est gentil, rond, chaleureux, mais bizarre puisqu’il est bleu. C’est un biscuit du futur. Et puis le cercle, c’est une figure importante. 

LA VÉRITÉ. J’ai toujours exagéré ce que je racontais: je ne peux pas me contenter de la réalité. Quand on vit des choses très fortes, ce qui est mon cas car je suis très sensible, on ne peut pas raconter simplement ce qui nous arrive. Il faut en rajouter pour que ce soit fidèle au ressenti. C’est ça, ma vision de la vérité : pas l’effet, mais le ressenti. Dans My God Is Blue, rien n’est vrai : on ne peut pas savoir quel instrument est vrai ou pas, combien on est à jouer… C’est la vitrine imposée pour créer l’Alliance Bleue. La musique, ce n’est qu’une parcelle de la vie des gens, à part pour les fans. J’aimerais être important dans leur vie, n’être pas qu’un disque qu’on met le vendredi soir. L’Alliance Bleue me permet d’exprimer ma créativité au-delà de ma musique. Qu’il y ait au moins un autre monde entouré de gens avec lesquels je me sens connecté. Cette vérité, je la ressens réellement. En me livrant comme je me livre maintenant. 

LA SIMPLICITÉ? Présenter une chanson sans artifice, c’est aussi dire la vérité. Il faut démystifier aussi les chansons. « La Ritournelle », beaucoup la considèrent comme ultime, mais je l’ai composé en quelques minutes, au réveil. 

LA FAMILLE. J’ai des valeurs familiales très profondes. Il faut rester groupés. Mais on ne peut pas passer sa vie amoureux de ses parents. La priorité de mes oublis, c’est ma famille.  Sans pour autant la détruire.L’expression « tuer le père », c’est important pour un homme. Surtout, il faut oublier sa mère. C’est là-dessus qu’on se construit : son ton de voix, ses caresses, son caractère... Je ne veux pas exister à travers eux.

UN AUTRE GRAND REVE. Créer une musique que l’on ressent mais que l’on n’entend pas. Créer des émotions, mais sans son. La vraie finalité de la musique : on appuierait sur un bouton, on serait triste. Sur un autre, on serait content; encore un autre, et on danserait. Mais on n’entendrait rien. Ce serait le rêve de toute ma vie, mais c’est impossible, évidemment. 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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