Maison Neuve

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Pour quelles raisons avez-vous baptisé votre groupe Maison Neuve?

Il existe un lieu mythique, enfoui dans la mémoire régionale, qui était une sorte d’Atlantide terrestre, ville-monde à l’intérieur d’un cratère enseveli. Cette cité idéale, chimérique, a rendu fou plus d’un chercheur de trésors dans le Massif Central...Cataractes d’or, sources inextinguibles de vins délicieux, cette « Maison Neuve » était une promesse de paradis terrestre, un espoir fou de plénitude, de délices absolus. Dès lors, un autre nom n'était plus possible. Disons qu'une légende aux allures de nom commun, c'est parfait, c'est la synthèse idéale : le mariage magique du trivial et du mythologique.

Maison Neuve, c'est aussi le nom qu'on a donné, pendant des années, des décennies, des siècles, à des lieux-dits trop petits pour être des villages. Ce qui fait que pas un coin rural de France n'a pas son Maison Neuve. C'est beau parce que ça signifiait l'arrivée d'une nouvelle famille, souvent dans un coin isolé, à la lisière de la nature vierge, pas encore foulée. Des enfants y rejouaient l'Ile aux Trésors, voguant sur l'océan vert chauffé aux rayons du soleil cajoleur de la fin de l'été. Et c'est un début de poésie qui germait dans leur esprit, l'intuition d'un monde mélodieux. Plonger, s'enfoncer toujours plus avant dans la forêt. Plus tard, on retrouve cette sensation en parcourant la ville. Je pense à Tokyo qui m'a submergé. Ca, c'est une mégalopole. Une autre idée de la maison neuve. Une nouvelle forêt, une nouvelle exploration. J'espère qu'il vit un peu dans nos chansons, ce chef d'œuvre de ville.

Ne pas choisir entre l'anglais et le français, entre le folk et le rock... Etre réfractaire à la notion de genre/catégorie (si c'est bien le cas) rend-t-elle la tâche plus difficile ou, a contrario, plus aisée?

C’est bien plus simple. L’ambition n’est d’exprimer que ce qui est à notre portée, comme attraper le meilleur fruit à une hauteur raisonnable. Nous ne jouons que ce que nos bras, nos jambes, nos bouches sont capable de produire sans trop de contrainte. Nous n’avons plus le temps de leur apprendre à singer, des les contraindre à l’apprentissage de gestes théoriques.Nous n’avons donc pas le talent technique pour pasticher, décalquer. Je voudrais bien être Arthur Lee, Townes Van Zandt, Gainsbourg ou Caetano Veloso, écrire comme eux, les copier, en répliquer le meilleur dans ma musique…Mais je n’en suis pas capable. Aussi, ma seule solution est-elle de trouver le meilleur compromis entre mon désir et les inclinations naturelles mon corps. Et voilà, nous ne choisissons pas, nous nous en remettons à nos limites. Elles seules savent façonner les contours de l’œuvre. Elles sont les murs de la maison.

Et puis, comment choisir entre l’anglais et le français ? L’anglais, le parler du monde, la langue magnifique de John Fante et de Morrissey qui m’a fait vibrer pendant ces années de l’adolescence indolente où la vie balbutie. Et le français, ma langue maternelle qui résonne du fond des siècles, du fond des gènes. Je les aime très fort ces deux langages. Il y’en a un que j’utilise comme un dénominateur commun avec le reste du monde et l’autre qui est le véhicule fidèle de mes sentiments les plus vrais, les plus sincères. Non, non, on n’arbitrera pas. D’autres langues seront peut-être également bienvenues un jour. Le portugais est un candidat sérieux.

Quelle était votre principale ambition pour ce premier album - pourtant très accompli?

S’élever un peu, faire un truc un peu fou, écrire des chansons et en jouir le plus possible. Ce disque, parfois, j'y pense comme à un cadeau de Noël quand j'étais gosse. C'est ce truc qui te dénoue le ventre, qui te fait te sentir un peu spécial, un peu exceptionnel. Tu prends conscience d'un bonheur possible. Je le regarde, je l'écoute et il se passe deux trucs : je suis content, je ricane avec plaisir de la fierté coupable que ça me procure. je pense à la suite et toutes ces nouvelles chansons qui s'ébrouent dans ma tête. On voulait faire comme tous ces héros qui peuplent nos discothèques, tailler un diamant, l'amener à la vie, en faire scintiller les mille facettes. Pour être vaniteux et avoir, enfin, quelque raison de l’être. On voulait s’aventurer un petit peu hors de la zone d'anonymat. Respirer l'air d'un autre étage, y faire quelques pas, même très légers, même inaudibles.

Vous savez, j'ai jamais su faire du skate ou surfer et je me rends compte que ça me manque. J'ai peur de la vitesse, peur de me casser la gueule. Alors, disons que prendre une guitare et jouer avec 3 autres gars mi-frustrés mi-géniaux comme moi, c'est un début d'équilibre sur une planche qui file. C'est mon 200 à l'heure, mon adrénaline. Voilà, l'ambition, c'était de monter sur le skate et d'attaquer la pente, cheveux au vent, jubilant comme un gamin. Continuer d'accélérer avec le coup de pied rageur. A pleins poumons, à pleine distorsion, la main qui mouline, les baguettes qui tombent comme des guillotines. C'est tout ce qu'on sait dire et ça fait vraiment du bien de le dire.

On a pas grand chose à perdre, on attend pas grand chose, pas de salaire – ça, on le trouve ailleurs - juste le plaisir et cette certitude dérisoire d'être les meilleurs.

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni


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