Blood Red Shoes

Blood Red Shoes-Philippe-Mazzoni-1

LAURA-MARY CARTER & STEVEN ANSELL

Si vous étiez:

Une fleur

Steven : une orchidée sauvage.

Laura-Mary : une rose... sauvage aussi!

Un animal

Steven: Un singe, un chimpanzé pour être précis. Ce sont d'excellents batteurs !

Laura-Mary: Un lapin. Ou un éléphant, parce qu’ils n’oublient jamais rien.

Un film

Steven: Apocalypse Now... Je ne sais pas vraiment pourquoi, je trouve que ça se marie bien avec Blood Red Shoes, non?

Une figure politique

En choeur: Angela Davis!

Une couleur

Steven: rouge, évidemment.

Laura-Mary: bleu, juste pour le contredire car un peu d'opposition ne fait jamais de mal. Même si nous ne nous disputons pas très souvent...

Une boisson

Steven: du vin rouge.

Laura-Mary : j'approuve, nous n'avons bu que ça en studio quand nous avons enregistré notre dernier album, Blood Red Shoes.

Un objet

Laura-Mary: une lampe de table, modeste et indispensable.

Steven : tu es sérieuse, là? Pourquoi vouloir être modeste?!

Une ville

Steven: Berlin, où nous avons enregistré notre dernier album.

Laura-Mary : c'est cliché mais voilà, je suis obligée de répondre Paris! 

Un autre groupe

Lara-Mary: Les White Stripes ! On nous a tellement comparé à eux, depuis nos débuts. Ce serait une belle vengeance, nous ferions n'importe quoi.

Steven : Fleetwood Mac, c'est un fantasme évident, un groupe légendaire par sa musique, son attitude, ses personnages, tout!

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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St Vincent

St Vincent-Philippe Mazzoni

 

ANNIE CLARK.

La musique me donne plus d’énergie qu’elle m’en prend, et j’ai approché cet album avec plus de liberté et de confiance que jamais. C’est sans doute pour cette raison qu’il porte mon nom de scène.

J’étais quelque part dans le Texas, dans le ranch d’une amie, loin de tout. Un jour, j’ai décidé d’aller me promener dans l’immense jardin de la propriété. Je ne connaissais rien de la nature, c'était une plongée en monde inconnu. C’était un moment extraordinaire. J’ai senti quelque chose de si fort que je me suis déshabillée pour me sentir, comment dire, totalement en osmose avec ce qui m’entourait. Soudain, j’ai entendu un bruit… C’était un serpent, qui me fixait. J’ai fui à toutes jambes, mes vêtements sous le bras. Cela a été une sorte de détonateur pour Saint Vincent. 

Je suis une éternelle nomade. Après des mois de tournées de Strange Mercy, puis ceux de Love This Giant avec David Byrne, je me suis retrouvée chez moi, à étudier le concept d’être chez soi. D’être une personne. Mais je m’en fiche totalement. Ma maison actuelle est à New York, mais je peux vivre partout. En voyageant, je pioche ici et là les expériences, je me nourris davantage. Je ne m’ennuie pas, ce qui serait le cas si je passais toute l’année à New York. Le quotidien n’est-il pas angoissant, franchement? Et je ne sais même pas me préparer un café digne de ce nom…!


Une guitare, une batterie et une basse dans une seule pièce... travailler avec John Congleton est très facile, sans aucune ambition de sonner extraterrestre, ni trop rock’n’roll, ni trop ceci ou cela. L’important était de rester naturel, même si, j’en conviens, cela ne s’entend pas toujours sur ce disque. Je refuse de trop intellectualiser la musique. Car je ne suis qu’une étudiante de la musique, je ne suis pas une experte.

 

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

 

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Gush

Gush-Philippe-Mazzoni-1

MIRA. C’est le nom d’une étoile qui se situe en dehors de notre système solaire. Bien plus grosse que le soleil, elle a la particularité d’être en mouvement, laissant derrière elle une trainée lumineuse. Cela représente bien le chemin parcouru avec ce disque... Mira est un mot au sens multiples : "regarde" en espagnol, il peut aussi être un prénom serbe se traduisant par "la paisible" ou hébreu, signifiant "celle qui élève". Et en russe, "mir" signifie "la paix" et "le monde".

DANSE. Nous souhaitions faire évoluer notre son, notre manière de composer - nous renouveler tout en renouant avec les synthés de nos premiers maxis que nous avions délaissé sur le disque précédent. Il y a dans Mira une envie de partager et d’amener à la danse, voire à la transe. Enfin, on ne peut exclure les notions de quête et d'introspection assez présentes.

UNE AUTRE PLANÈTE? On y vivrait dans le respect de celle-ci, en étant conscients qu’elle ne nous appartient pas, mais qu’elle nous donne déjà tout ce dont on a besoin. Elle ressemblerait à la Terre avec des humains qui, eux, communiqueraient par la pensée et ne cesseraient de vouloir s’élever ensemble... 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

 

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Peter Peter

Peter-Peter-Philippe-Mazzoni

Premier coup de foudre musical?

Mitsou, "Bye Bye mon cowboy". Je crois pas que vous l'avez connu ici. Quelle bombe... Elle est encore très jolie aujourd'hui.

Premier album acheté?

Une cassette de Megadeth, Countdown Extinction

Premier concert?

Je crois que c'était Roch Voisine interprétant "Hélène" dans le parking d'un centre commercial. En fait, je n'ai jamais été sûr si c'était bien lui ou  quelqu'un qui interprétait sa chanson, hahaha! 

Premier album?

Quand j'étais adolescent, j'enregistrais des conneries sur une cassette. C'était autant des chansons improvisées sur les rythmes d'un clavier Casio que des personnages complètement imbéciles. Je faisais ça avec mon meilleur ami Jean-Philippe. Nous avons bien du enregistrer au moins quatre ou cinq cassettes de 90 minutes. Peu à peu, cela nous a mené vers des chansons sérieuses. J-P faisait la guitare et j'y récitais mes poèmes. Mine de rien, ça été mon école de la musique. Après, nous avons monté un groupe.

Première chanson ?

Sur les dites cassettes j'avais fais une chanson qui s'intitulait «L'ambulance». C'était un genre de truc crooner sur lequel je prennais une voix hyper grave. J'avais des hauts le coeurs tellement c'était pénible à tenir. Le sommet du refrain c'était: "L'ambulance, on a pas deux chances avec l'ambulance, YEAH!"

Première interview ?

Avec mon premier groupe, justement, pour une radio de la ville de Québec. Je ne me souviens pas de l'émission car nous étions toujours défoncés avant de faire des interviews...  

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

 

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Orouni

Orouni-Philippe-Mazzoni

 

OROUNI. Son nom, c'est comme son visage, on ne le choisit pas. Or, comme pour moi la musique est une affaire de choix, quand j'ai commencé à sortir mes chansons, il a fallu que j'opte pour une signature. J'avais été assez marqué par un passage de On The Road (Jack Kerouac) mettant en scène Slim Gaillard, l'inventeur du mot Orouni. Le musicien, qui a réellement existé, crée ce vocable et se l'approprie. Il joue avec et part dans un délire mi-musical mi-verbal. Le langage est un domaine tellement balisé, avec tant de règles de syntaxe, grammaire, conjugaison, que je vois certains néologismes comme de petits miracles. Pour moi, le mot Orouni renvoie à ce que j'aimerais que la musique soit, idéalement : de la pure invention.

L'INTIME. Beaucoup de chansons qui parlent de l'intime rencontrent le succès. Dans des dizaines de tubes, les interprètes évoquent des sentiments très personnels, et c'est justement parce que chaque personne arrive à établir une connexion avec le caractère intime que le morceau peut fédérer, mais pour des raisons différentes selon chaque auditeur. Même dans ses grandes chansons sur l'état du monde ("A Hard Rain's A-Gonna Fall"), Dylan plaçait quantité de détails très précis dans ses paroles, et les mêlait souvent à des impressions à teneur plus personnelle. Je ne pense donc pas qu'il faille rester général pour séduire ou rassembler.

VOYAGE. J'ose espérer que ce que j'ai retenu dans chaque destination, ce dont j'ai choisi de parler, peut toucher les gens qui vont entendre le disque. Parce qu'ils vont se reconnaître dans certaines situations, ou être au contraire intrigués, interloqués. Oswald de Andrade écrivait : "Seul m'intéresse ce qui n'est pas mien".

INSTRUMENTATION. Certains albums à l'instrumentation contingentée, comme Mug Museum de Cate Le Bon (guitare, basse, batterie, clavier), sont très bons et ne lassent pas, mais j'ai besoin et envie de variété dans le nombre et le son des instruments utilisés sur mes enregistrements. Quand je cherche des arrangements pour une nouvelle composition, je pense naturellement à l'instrument qui va jouer chaque ligne, et cela va rarement être une guitare électrique ou un simple clavier. Je trouve intéressant d'aller chercher à faire sonner quelque chose d'un peu plus spécifique, en tout cas ce qui va le mieux convenir à l'objectif que j'ai en tête. Les limites peuvent être financières, ou il se peut qu'on ne connaisse personne qui joue du glassharmonica alors qu'on en a terriblement besoin, mais intellectuellement, il est plus efficace pour le résultat final de ne rien s'interdire au départ. Cela fait des milliers d'années que l'on invente régulièrement de nouveaux instruments, qui à eux tous composent une palette incroyable, alors pourquoi ne pas en profiter ?

VOLONTÉ et HASARD. Le choix peut intervenir en amont, comme sur "Firearms", où je voulais jouer avec les bois. "The Sea Castle" appelait de la trompette, et "Makeshift Fans" du saxophone. D'autres compositions, par leur nature, ne m'évoquaient aucun instrument de l'orchestre classique, elles sont par conséquent arrangées de façon un peu plus rock, et je pense que c'est ce qui convient le mieux. Mais le processus peut être plus tardif, comme sur "A Giant Swing", où après avoir tout essayé, en vain, j'ai invité Mina Tindle à orner la chanson de ses choeurs. Cela peut être également le fruit du hasard : nous étions en train d'enregistrer des lignes de basse lorsque Jean-Yves Lozac'h est venu nous saluer dans la cabine, et en deux temps trois mouvements, il a trouvé une partie qui collait parfaitement à l'ambiance de "In The Service Of Beauty". C'est ainsi qu'il se retrouve invité sur cet album. Steffen Charron, qui fait partie de la formation live d'Orouni, a enregistré de la basse sur trois morceaux ; cela les a redynamisés. Comme il est également excellent à la six-cordes, il signe les guitares électriques de "Dear Volcano Please", sur lequel Maxime Chamoux a trouvé un solo d'orgue que j'aime beaucoup. On peut multiplier les exemples de la sorte et mettre sur la table le concept de sérendipité, très adapté à la pratique de la musique. Enfin, il y a aussi tous ces instruments dont je joue moi-même, et qui sont à l'origine d'un certain nombre de compositions de Grand Tour. Ainsi, "Speedball" n'existerait pas sans son motif de balafon, autour duquel j'ai brodé la mélodie de voix. Il en est de même pour "Wild Geese And Cigars" et sa boucle de kalimba, ou encore "The Sea Castle" et son riff de cavaquinho.

POP SONG MODÈLE. Selon mes critères de jugement, "Penny Lane" ou "Porque Te Vas" s'approchent de ce qu'est une parfaite pop song. Essayer d'expliquer cela de façon théorique serait assez risqué, et je n'arrive à mentionner que de morceaux des années 60 ou 70, car j'ai l'impression qu'il faut un certain recul en la matière... Mais peut-être qu'un jour, quelqu'un fera une chanson novatrice qu'on considérera comme un morceau pop accompli.  

  

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Anthony Joseph

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LA POÉSIE est une fréquence de la magie. Un poète trouve des lacunes dans sa langue, la poésie est l'âme de la langue. Et, si elle représente beaucoup, elle doit toujours être honnête.

PROTESTER car les luttes et les protestations des gens restent les mêmes qu'auparavant. Le but de l'artiste, c'est de les articuler et en créer de la beauté. Il y a des protest songs dans l'album, notamment celle où j'évoque le cas de Malala Yousafzai, que les Talibans ont essayé d'assassiner, je parle de cette petite fille de Trinidad qui s'est retrouvée enceinte à neuf ans et menacée d'être emprisonnée. Avec 'Hustle to live,' je parle aussi des luttes quotidiennes des immigrants dans les grandes villes. J'essaye juste de donner une voix à ceux qu'on empêche de parler.

Ce nouveau disque s'appelle TIME car nous avions seulement cinq jours pour enregistrer onze chansons assez complexes. Nous étions un peu effrayés jusqu'à ce que Meshell N degeocello, qui a produit l'album, nous assène qu'il ne fallait pas s'en préoccuper. “Travaillons en dehors du temps,” nous a t-elle ordonné. Et cela s'entend sur l'album...

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Mozes & The Firstborn

Mozes  The Firstborn-Philippe-Mazzoni-2

 

MELLE DIELESEN

Pourriez-vous nous raconter la genèse de Mozes & The Firstborn?

Tout a commencé il y a trois ans. Après un an passé à Londres où j'étudais la production musicale, je suis revenu en Hollande car j’avais réalisé que j’avais envie d’écrire et d’enregistrer mon disque à moi plutôt que de stagner en cours. J’ai donc commencé à enregistrer des démos dans la cave de ma mère. L’un de mes meilleurs amis, Gus, me présenta alors mon futur batteur, Raven. Le jour où nous nous sommes rencontrés, nous avons joué deux heures d’affilée et ça a tout de suite été parfait. Une heure plus tard, nous envisagions de monter un groupe et le lendemain, nous écrivions des chansons ensemble. Une véritable étincelle! Deux semaines après, Corto nous rejoignait à la basse - encore un que m’avait présenté Gus à l’époque du lycée - j’avais joué dans un de ses groupes d’alors.
Deux mois plus tard, nous enregistrions notre premier EP dans une ancienne usine Philips, là où fut inventé le CD! Nous avons commencé à tourner et attendre notre quatrième homme... Et là encore, Gus prouva son talent d’entremetteur en me présentant Ernst. Il était plus vieux que nous, nous l'avions déjà vu sur scène avec ses groupes tous assez cools, il avait un sens de l’humour génial, bref, nous pensions que jamais nous ne pourrions l’intéresser. Un peu quand les Beatles voyait Ringo jouer avec Rory Storm and the Hurricanes. Un an et demi plus tard, nous avons réussi à le convaincre. Et pour faire notre premier album, nous retournâmes tous ensemble dans la cave de ma mère. Quant à Gus, il est désormais notre tour manager!

Pourquoi ce nom de groupe ô combien biblique?

Quand j’étais petit, je vivais avec mes parents dans une communauté juive et hippie appelée "De Eerste Moshae" ("The Firstborn Mozes »), dans la campagne hollandaise. Elle est très controversée aujourd’hui car son dirigeant a été impliqué dans moult scandales sexuels. En grandissant, j’ai commencé à me rebeller contre les règles de cette secte. À 17 ans, je suis parti de chez moi et j’ai pris le premier bateau pour l’Angleterre. Une évasion, en quelque sorte. Ainsi, le nom du groupe me rappelle cette période horrible de ma vie. Par chance, ma mère a elle aussi réalisé qu’il fallait en partir… Et non, en fait, je rigolais. Mais cela aurait une super histoire, non? En réalité, c’est parce que j’ai du regarder à peur près mille fois le dessin animé Le Prince d’Egypte quand j’étais petit.

Le musicien qui vous a fait vibrer dès l’enfance?

Avant tout, Michael Jackson. J’avais l’habitude de danser sur "They Don't Care About Us" quand j’étais un tout petit garçon. Et puis, à 13 ans, j’ai découvert Nirvana et je me suis complètement plongé dedans. C’est là où j’ai commencé à être totalement obsédé par le fait de prendre une guitare et de jouer dans un groupe. J’ai aussi été obsédé par le Velvet Underground, les Stones, les Beatles… Comme tout le monde dans le groupe. Ah, et aussi, Guided By Voices. Il ne faut pas les oublier, ceux-là!

Votre plus grand désir, là, maintenant, tout de suite?

Dominer le monde! Non, je plaisante, juste dépasser nos frontières, c’est déjà bien. Jouer en France, aussi, ça nous rend dingues. Nous aimons votre fromage, votre pain (même s’il peut heurter nos palais délicats), votre vin… S’il vous plaît, aimez-nous, vous aussi!

  

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Dum Dum Girls

Dum-dum-Girls-Philippe-Mazzoni

 

DEE DEE.

Si jétais...

Un animal : un chat noir.

Une fleur : une rose.

Un livre : Journal de l'Amour d'Anaïs Nin.

Un disque : Horses de Patti Smith.

Une figure historique : Jeanne d’Arc.

Un personnage politique : Angela Davis.

Un vêtement : ce manteau noir en fourrure que je ne quitte presque jamais.

Un objet : un nuage.

Une couleur : le noir, bien sûr !

Une ville : San Francisco.

Une saison : l’automne.

Un pays : l’Amérique.

Un sentiment : la solitude.

Une invention technique : l’avion.

Une boisson : le whisky.

Une sucrerie : le pain au chocolat.

Une divinité mythologique : Vénus !

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

 

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Damien Jurado

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BROTHERS AND SISTERS OF THE ETERNAL SON. Oui, c'est un album religieux. Pour l'aspect spirituel dont j'ai voulu habiller la musique, et pour le rôle qu'il a joué auprès de moi. Ma carrière a eu quelques hauts, mais pas très hauts, et beaucoup de bas... très bas. Des amours, des ruptures, des frustrations de ne pas réussir à me faire reconnaître comme je le souhaitais... Les autres musiciens de Seattle avaient droit à leur petit buzz, mais moi pas. Je ne comprenais pas, et je suis passé par des crises d’adolescence, et l'homme que je suis devenu se trouve dans cet album. Il y a du rock, du folk, personne ne peut trop me classer quelque part, et tant mieux. Cela me convient parfaitement d’être libre. La famille, c’est ce qu’il y a de plus important. Il ne faut pas tout sacrifier à son art. Sans amour, je serais mort. La vie, c’est le paradis sur terre. On rencontre des gens, on les aime. Même si on les perd et qu'on souffre, c’est comparable à nulle autre expérience. 

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

 

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Jay-Jay Johanson

Jay jay Johanson-Philippe-Mazzoni

 

Je vis dans la banlieue de Stockholm, j’y suis très heureux, c’est formidable d’y créer de l’art, mais c’est terriblement ennuyeux. Dans le reste de l’Europe, les gens se battent, ils s’énervent pour un rien, ils sont de mauvaise foi. Alors qu’en Suède, on est incapable de s’engueuler, on restera très calmes, désespérement polis, on ne se battra pas pour une idée. Pendant la Seconde Guerre, ce n’est pas pour rien si on n’a pas choisi le moindre camp... Moi, j’aimerais que les Suédois exagèrent, qu'ils se situent dans le génial ou le merdique, pas le sympa. Trop médiocre.

J’ai un garçon de 6 ans à la maison qui déteste ma musique. Lui, il aime Daft Punk et Kiss. Je le comprends, j’aurais fait pareil à son âge et j’aurais trouvé ma musique à dormir debout. Et lorsqu’il m’a demandé de remettre plusieurs fois d’affilée la chanson "Dry Bones", je me suis senti le roi du monde!

Pour ma part, mon père avait des disques de negro spiritual et de vieux jazz. Il y avait quelque chose de monotone là-dedans, assez hypnotisant… Cela m’a beaucoup influencé pour Cockroach. J’avais aussi envie de revenir au pouvoir abrupt des rythmiques. C’est avec le titre "Coincidence" et ses percusssions que l’album est né - album, qui contrairement à ce que beaucoup pensent, s’inscrit selon moi dans la lignée de mes précédents travaux. Le style de mes textes, la tonalité de ma voix restent peu ou prou les mêmes depuis que je me suis éloigné de mes expérimentations trip-hop. Je vois Whisky, Tatoo et Poison comme une trilogie puisant dans l’obscurité, puis la seconde trilogie, The Long Term Physical Effects Are Not Yet Known, Self Portrait et Spellbound. Ais-je commencé une nouvelle trilogie avec Cockroach?

Il y a cependant un changement de taille : pour la première fois en plus de dix ans, je reviens aux synthétiseurs, ce que je m’étais juré de ne jamais faire! Pire encore, j’utilise un didgeridoo. Ce que tout le monde déteste, moi le premier!

Le didgeridoo, c’est un peu comme les cafards, tout le monde le déteste. Ces pauvres insectes, tout le monde veut les écraser. C’est pour cette raison que j’ai choisi d’appeler mon album Cockroach, car j’avais envie de faire quelque chose de positif, de beau autour de ce mot, quelque chose lié à l’amour qu’ils pourraient susciter. Rien n’est impossible, non?

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

 

 

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Samantha Crain

Samantha Crain-Philippe-Mazzoni-1

 

KID FACE. Mon album s’appelle ainsi car j’ai un visage assez juvénile. Mais n'y voyez pas de gloire à l'enfance ici, je ne pense pas qu’il existe de parfaite - et personne n’en a connu autour de moi, d’ailleurs. Mais j’ai aimé la mienne. Nous étions très libres, nous jouions dans les champs, nous construisions des châteaux. Nous nous blessions, nous rentrions tout sales à la maison... Ce genre d’éducation permet de devenir un adulte indépendant.
Et je viens de l’Oklahoma, où il y a beaucoup de grands espaces. Mes racines se ressentent dans ma musique, particulièrement dans cet album. Car on y retrouve la même sensation d'espace, le même souffle dans mes arrangements…

 

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

 

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Ambrosia Parsley

Ambrosia Parsley-Philippe-Mazzoni

 

WEEPING CHERRY. Le solo, j'y pensais depuis longtemps. Je travaille avec des musiciens que je connais depuis Shivaree. Nous avons fait notre vie, fait des enfants, mais je n'ai jamais arrêté de chanter, de penser à des morceaux. Ils font partie de ma famille, mais tout le monde était d'accord pour dire que le moment de Shivaree était passé. Qu'il fallait passer à autre chose. Evidemment, j'ai eu peur, car je suis timide, mais on m'a poussé à assumer.


Je voulais juste faire quelque chose de beau. Y laisser des morceaux de moi. Avec Benjamin Biolay, nous avons aussitôt noué une relation fraternelle, tout s'est fait dans la douceur et le respect. Nous avons enregistré une chanson sur ceux que j'aime. Notamment mon batteur, George, qui est mort, cela a été terrible quand c'est arrivé. Lorsque j'en parle aujourd'hui, j'ai du mal à ne pas pleurer. Joan & The Police Woman joue aussi sur plusieurs titres. On se connait depuis longtemps. Elle possède une une voix incroyable. C'est une lumineuse. Elle est très forte.

La naissance, la mort, la rédemption... Comme des fleurs roses, c'est triste mais c'est beau. Je vis dans la campagne près de New York et je regarde la nature tous les jours. Je m'assois dans mon patio, avec ma guitare (dont je joue terriblement mal!), et j'observe les jolies choses aux alentours. Une précieuse inspiration.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

 

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The Van Jets

The Van Jets-Philippe-Mazzoni

JOHANNES VERSCHAEVE 

HALO. Le but de cet album? M'amuser comme un gosse, avec des synthés hyper kitschs et des guitares bizarres. Je voulais qu'il y ait beaucoup de chant, un peu comme dans un gospel. La musique doit être folle, doit donner envie de danser, immédiatement! Papillon (The Subs) nous a produit, Tchad Blake (The Black Keys, Elvis Costello) s'est chargé du mixage et Philippe Zdar nous a accueilli pour l'enregistrement. L'esprit de Montmartre s'est infiltré dans notre son, avec son côté baroque et lumineux... Sans perdre l'aspect ludique, primordial à nos yeux.

LE MEILLEUR. Un soir, lorsque nous étions en studio à Paris, nous avons terminé assez tard une chanson, "If I was your man". Juste après, Papillon est parti faire le DJ au Social Club, et, pour la tester, l'a passé au public. Nous l'avions suivi. Du coup, j'ai sauté par dessus la console du DJ et je l'ai chanté à la foule, ambiance soundsystem. Je pense qu'une chanson n'a jamais été testée aussi rapidement sur le public... Dingue! 

LE PIRE. Ce concert en Hollande, l'année dernière. Quelque chose s'est passé devant le club, à l'extérieur, et tout le monde s'est barré. Nous, nous devions continuer à jouer. Absurde : pas de public, pas de plaisir.

THE VAN JETS. Le groupe, c'est une brochette de potes qui ne savaient pas vraiment jouer mais qui ont appris sur le tas, ensemble. Mon frère est à la batterie, Fed est un ami du lycée, j'ai rencontré Wold dans un club où il jouait avec son propre groupe, Waldorf. J'ai tout de suite flashé sur son jeu de guitare et son charisme.

INFLUENCES. Je ne les absorbe jamais telles qu'elles sont vraiment. Je les prends et les réinvente à ma sauce. L'atmosphère compte beaucoup pour moi : je pense à mes héros comme Bowie ou Grace Jones, dont je ne pourrais jamais copier la moindre mélodie, mais dont j'adore l'atttitude. Il y a Iggy Pop, aussi, son côté enfant sauvage, la manière dont il chope le micro.
 

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Yann Destal

Yann-Destal-Philippe-Mazzoni

 

PREMIERS PAS LIVE EN SOLO. Mon premier concert en solo, il me semble que c'était à Paris au... Tryptique! Aujourd'hui rebaptisé le Social Club. Excellent souvenir, grand challenge pour moi, car j'avais ré-arrangé les chansons pour être interprétées avec, pour m'accompagner, uniquement un violoncelle. Je me rappelle avoir ce soir-là partagé l'affiche avec Ayo, et Sia (chanteuse de Zero 7) avec qui j'ai retravaillé par la suite. C'était il y a un peu moins de dix ans - ce qui n'est pas peu. Mais en tout cas, un concert dont je suis sorti heureux. 

LET ME BE MINE. Suite au succès trop mitigé de mon premier album (The Great Blue Scar, ndlr), et certaines divergences musicales, je me suis séparé de ma maison de disques. Plusieurs années déjà se sont écoulées, durant lesquelles j'enregistrais de nouveaux morceaux. Retrouvant ma liberté, j'ai continué à enregistrer, en me disant: "si ça plaît à quelqu'un dans le milieu professionnel, tant mieux. Sinon, je continue, de toute façon." Ma patience a été mise à l'épreuve, jusqu'au jour où ces personnes que j'attendais sont apparues. Alors il ne me restait plus qu'à choisir parmi les nombreuses chansons enregistrées pour faire Let Me Be Mine

EXIGEANCE POP. Lorsque je travaille sur un morceau, c'est une masse de boulot artisanal dont personne ne se doute - et c'est tant mieux, car ce n'est pas le propos - avec en moyenne un millier de clics de souris par seconde de musique! Oui, peut-être que ma musique est exigeante dans le sens où ce qu'elle raconte ne peut être vraiment compris en mode "musique d'ambiance." Il faut l'écouter comme quelqu'un qui nous adresse la parole. Ses émotions sortent ddes thématiques contemporaines habituelles, à savoir la fête mondaine, l'émancipation transgressive de masse, les états d'âmes dans le cadre de l'amourette, etc. Je ne crache pas dessus, tout cela peut donner d'excellentes chansons, depuis notamment les Beatles.

SPIRITUALITÉ. Ce que je fais incite l'auditeur à prendre le risque de nager plus au large, pour explorer ce que signifie l'absolu. Je ne dis pas que j'y arrive. D'ailleurs, ça n'est pas à moi de le dire. Mais j'essaye de parler de Dieu - ou appelez cela comme vous voulez, le monde au dessus, au delà du nôtre -, des tournants ultimes dans la vie, ou d'une critique du projet de notre société... J'espère juste que ceux qui acceptent le voyage que je propose en reviennent heureux. Ou n'en reviennent pas du tout, tiens!

MÉLANCOLIE CHÉRIE. Pour moi la mélancolie est une joie dans la tristesse. Cela peut surprendre, mais je crois que mes chansons sont très optimistes. Je ne parle pas de celles qui le sont ouvertement, comme "You look like Heaven" ou "Feel it". Dans cet album, on ne trouvera pas une seule phrase qui mène à l'abattement, au désespoir, la résignation. Cela ne fait pas partie de mon registre. Peu de monde me contredirait sur l'idée que notre époque est difficile. Et pour moi, des chansons qui célèbrent la joie de vivre de manière unilatérale sont à côté de la plaque. C'est un déni de notre réalité. Il est sain de ne pas être satisfait du monde dans lequel nous vivons. Pourtant, il faut être en accord avec son époque, et je pense faire une musique qui s'y inscrit... On aspire à un idéal, mais il est trop dur à trouver, à imaginer selon les critères de bonheur qu'on nous propose. Alors, pour moi, il faut voir les choses en face, et prendre le risque de trouver cet idéal par nous-mêmes. C'est une épreuve douloureuse, qui ne peut aboutir qu'avec un inébranlable optimisme.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

 

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Superhumanoids

Superhumanoid-Philippe-Mazzoni

 

CAMERON PARKINS.

La première chanson entendue ? Celle dont je me souviens le plus est chantée par Jimmy Cliff, "I Can See Clearly Now"... Mon père est un grand fan de reggae et la mettait à fond - ce titre figurait aussi sur la bande originale du film Rasta Rocket auquel, du haut de mes 7 ans, j'étais totalement accro!

La première chanson jamais écrite? Tout ce que j'ai écrit au début, c'étaient des morceaux punk. Quand on saisit une guitare pour la première fois, on ne sait pas faire autre chose que de plaquer des accords très simples et faire un maximum de bruit... Assez parfait, quand on y pense. 

Votre premier coup de foudre musical? St. Vincent. Je suis tombé amoureux de sa musique et de sa voix. Elle est à la croisée de tout ce que j'aime. Lorsque je pense à son premier album, je me souviens d'une période précise de ma vie, lorsque je vivais seul à San Francisco, rêvant de tout ce que je pouvais expérimenter en musique.

Votre première rencontre? Nous nous sommes rencontrés grâce à des amis en commun, à Los Angeles. Tous nos amis sont à fond dans le rock et la folk, et nous étions les trois seuls à trouver de l'intérêt à faire de l'électro-pop! 

Votre premier album? Exhibitionists est né après un été très intense d'écriture, de conversations et d'expérimentations. Nous nous levions, prenions le petit déjeuner, et nous enchaînions sur 8 heures de studio... Le soir, nous réécoutions tout. Et le lendemain, tout recommençait. De la rigueur et du perfectionnisme!

 

 Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

 

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