Lapland-Philippe-Mazzoni 2

JOSH MEASE

 LAPLAND. J'enregistre un disque une fois que j'ai écrit mes titres et trouvé le moyen de les enregistrer... Lapland s'est donc créé tout naturellement. Le thème de cet album, qui m'est apparu une fois que je l'avais terminé, c'est la disparition. Ce sentiment d'être perdu. Les paroles ne sont venues qu'après la mélodie. Il faut savoir que mon côté perfectionniste ressort pleinement lorsque j'enregistre - j'ai tendance à être assez névrosé et inquiet. Malgré tout, je pense avoir appris à me détendre au fil des années...

INFLUENCES. Je me souviens des chansons qui passaient dans la voiture quand ma mère conduisant. Beaucoup de titres de Fleetwood Mac, époque années 80, comme "Sara" ou "Hold Me". Mes parents écoutaient aussi de la country, celle de Willie Nelson ou de Merle Haggard. Après ça, j'ai écouté la discographie intégrale des Beatles, et encore après ça, j'ai été obsédé par le jazz pendant un bon moment.

RÉSUMÉ. Si je devais choisir trois mots pour décrire mon album, ce serait Dreamy Chill Pop - cette pop qui donne presque la nausée.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Juana Molina-Philippe-Mazzoni-1

 

SOUVENIRS (BONS et MAUVAIS)

En 2004, après de longues années à être ignorée par le public local de Buenos Aires, il y a eu un concert au théâtre national de la ville. Habituée à des foules de 30 personnes, j’ai demandé au staff de la salle de mettre en place le grand rideau qui coupe la salle en deux pour que ça ne fasse pas vide – la capacité est de 800 personnes – mais il ne l’ont pas fait. Alors que j’attendais dans les loges, une amie a ouvert la fenêtre et vu une queue de deux pâtés de maisons. "Ha ha", lui ais-je répondu, "bien essayé"... Mais quand je suis arrivée sur scène, la salle était pleine à craquer. Fauteuils, strapontins, allées, rampes, escaliers. Un grand silence. 1200 personnes sont venues. J’étais en état de choc. Pour la première fois, j’ai senti que je touchais chacune des âmes. Mon ami Alejandro Ros faisait les lumières...ou les ombres devrais-je dire ! La pièce était quasi dans l’obscurité et c’était un pur bonheur.

Deux ans avant ça, il y a eu un concert dans un club de jazz. Je ne savais rien du son live... Je ne pouvais pas dire à l’ingénieur du son ce qui n’allait pas. La seule chose que je pouvais dire était que je ne pouvais pas jouer comme ça. Le soundcheck a duré une éternité et n’a rien arrangé. Il y avait quelques personnes en train de boire un verre. J’était complètement frustrée. Quelqu’un est venu et m’a dit que je devrais commencer à jouer. "Ne devrait-on pas attendre que ces gens partent pour que le public puisse rentrer ?" ai-je demandé pendant que je voyais des gens rentrer. Il m’a répondu: "ces gens-là SONT le public". Quoi?! J’ai voulu m’évanouir, disparaître. J’étais comme s’ils m’avaient vu nue. Comme si un soupirant caché m’avait vu essayer plusieurs robes, différentes coiffures, me trouvant hideuse. Comment pouvez-vous ensuite prétendre être la fille la plus cool du monde ?

Le concert fut terrible, personne n’ouvrit la bouche (rappelez-vous que j’étais une comédienne célèbre). À la fin, n’y tenant plus, j’ai dit: "Je vais jouer cette chanson pour que vous puissiez partir" et j’ai mis "Sonamos" sur un lecteur de CD. Je me suis levée pour fuir dans les backstages... Mais il n’y avait pas de backstage.  Aucun endroit où aller. Juste un mur. Alors je m’y suis appuyée, face à lui, bras croisés, en attendant d’entendre le silence. Après ce qui m’a semblé une décade, quelqu’un touché l’épaule en me disant que tout le monde était parti. Il restait juste un couple, moitié horrifié, moitié inquiet. Il m’a demandé: "Juana, que s’est-il passé? On est venus pour passer un bon moment!". Des années plus tard, j’ai réalisé que le problème était simplement que le volume était trop fort...

LA MUSIQUE

Ce que j’aime le plus dans chaque album, c’est de le faire.. De déterminer d’en faire un et de commencer le processus. Après quelques jours, on arrête de “faire” et les choses arrivent, tout se passe tout seul. Il n'y a pas de pensée. On devient ce qu'il se passe. J’ai eu juste une règle sur cet album en particulier: éviter les chemins connus.

Les influences sont juste des ingrédients. Elles sont les outils inconscients avec lesquels vous travaillez. J’ai toujours évité et écarté ce qui me rappelle des choses déjà existantes. Je ne vois pas l’intérêt de (re)faire ce qui a déjà été fait avant.

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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We were Evergreen-Philippe-Mazzoni 2

 

FABIENNE, MICHAEL & WILLIAM

Michael :

J'ai rencontré Fabienne à un cours de théâtre. J'ai pensé qu'avant je n'aimais pas les filles aux cheveux courts, mais que 
ça lui allait bien. J'ai rencontré William la veille de notre premier concert ensemble; je crois
 que j'ai été impressionné par 
sa capacité à caler facilement des rythmes sur des chansons qu'il n'avait jamais entendues auparavant.


Fabienne :

J'ai trouvé Michael très drôle et sympathique, on s'est vite bien entendu, parmi
un groupe d'amis avec lesquels on faisait nos études. J'ai été assez intimidée, il avait plus d'expérience musicalement et techniquement.


William:

Je connaissais donc un peu Fabienne du conservatoire, et quand elle m’a demandé de jouer avec elle et Michael, j’ai aimé la simplicité et la naïveté avec laquelle elle se lançait dans cette aventure. C’est aussi ça que j’ai aimé chez Michael, cette façon simple et efficace d’écrire de bons morceaux pop sans se poser de questions.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Beaty Heart-Philippe-Mazzoni-2

 

CHARLIE ROTBERG, JOSH MITCHELL & JAMES MORUZZI 

PREMIÈRE RENCONTRE.

CHARLIE: Nous nous connaissons tous depuis une éternité - nous étions à l'école ensemble. Dans la salle de classe, James me courait après avec une paire de baguettes de batterie, pour se moquer de lui.

PREMIÈRE CHANSON ENTENDUE.

JAMES: Le son du coeur battant de sa mère.

JOSH: Whitney Houston, elle était numéro 1 partout à ma naissance.

CHARLIE: Alanis Morrissette dans la voiture avec mes parents, je me souviens des paroles de "Chicken shit" et c'était d'une violence!

PREMIÈRE CHANSON ÉCRITE.

JOSH : Elle s'appelait "Sammy the Sealion", je ne m'en souviens pas très bien mais ça ne devait pas être terrible.

PREMIER AMOUR.

JAMES: J'adorais la fille moche des Sugababes. Mais en grandissant, j'ai réalisé qu'elle n'était pas si dingue que ça.

PREMIER ALBUM.

CHARLIE: Il marque la fin de trois années de gestation du groupe. Nous l'avons écrit durant un hiver qui ne semblait jamais finir, et c'est sans doute pourquoi cette musique convient parfaitement à l'été. 

  

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Wye Oak-Philippe-Mazzoni-1

 

JENNIFER WASNER & ANDY STACK 

JEN WASNER : L'ambivalence a toujours été le terreau de mon écriture, mais Shriek a été construit dans le but de traduire, aussi justement que possible, un état contemplatif. Le mien, et celui de mon entourage - nous avons la chance d'évoluer dans une scène musicale très inspirante, celle de Baltimore.

Ainsi, Shriek me semble plus mature et plus esthétique qu'à l'accoutumée. Peut-être parce que la plupart de ses chansons traitent de mon inlassable recherche de paix, de reconnaissance et d'amour de soi dans ce monde d'incertitudes et d'anxieté extrême. J'ai l'impression qu'elles ont réussi à m'apaiser... Leur existence même est un réconfort pour moi. 

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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In The Valley Below-Philippe-Mazzoni

 

ANGELA GAIL & JEFFREY JACOB

COUP DE FOUDRE

ANGELA : Notre histoire d'amour a toujours rôdé dès le moment où nous avons commencé à écrire des chansons ensemble, nous étions si proches à ce moment-là. Le fait que j'ai une petite amie n'a rien changé, nous étions faits pour être ensemble. Sentimentalement et musicalement.
JEFFREY: Quand nous avons commencé l'album, nous venions de quitter nos partenaires respectifs, nous avions encore chacun un job, nous vivions à Los Angeles... C'était la lutte au quotidien, d'essayer de nous imposer pendant les concerts, de se faire un nom face à d'autres groupes locaux. Cela n'a pas été facile, et nous n'étions pas si sereins - cela doit s'entendre dans notre musique.

ENFANCE

ANGELA : J'étais très timide, mes parents m'ont inscrit à des cours de chant pour arranger ça. Et puis les choses se sont enchaînées, après mes études, je bossais comme serveuse et je chantais comme je pouvais... Aujourd'hui, je ne veux plus retourner bosser dans des restaurants, je veux absolument continuer dans la musique.
JEFFREY: J'ai commencé la guitare à l'âge de sept ans. Mais je n'ai pas autant lâché mon petit synthétiseur de supermarché que j'avais depuis tout petit.

LOS ANGELES

ANGELA : Je viens d'une petite ville, froide et neigeuse, et j'apprécie d'être sous le soleil de L.A. même si c'est pas si facile. C'est un endroit étrange où il ne fait pas forcément bon vivre, mais on y apprend beaucoup sur soi - et sur les autres aussi. Il y a comme un parfum de désespoir dans l'air. Ici, tout le monde essayer d'être quelqu'un de plus important qu'il est. Ce n'est pas très normal!

IN THE VALLEY BELOW

JEFFREY : Nous voulons amener des gens dans un endroit, un endroit à la fois beau physiquement et très émotionnel, et quoi de mieux qu'une vallée? C'est là où nous vivons, nous, et nous invitons tous ceux qui aiment notre musique.

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Champs-Philippe-Mazzoni

 

DAVID ET MICHAEL CHAMPION 

L'ÎLE DE WIGHT a certainement eu une influence sur notre musique. C'est un endroit très isolé et rural, où l'on est à l'écoute de la nature et du changement des saisons. Nous sommes surtout influencés par l'automne, le moment le plus créatif pour nous. Sur l'île il y a beaucoup de personnages intéressants et une histoire incroyable. Et nous sommes si isolés que nous n'avons même pas l'idée de rivaliser avec d'autres groupes ou essayer de nous intégrer dans une scène, ce qui offre une véritable possibilité de se concentrer sur son art. Nous avons enregistré l'album dans un château sur les terrains qui appartiennent à la reine Victoria. Cette atmosphère a joué un grand rôle dans notre musique... Nous sommes persuadés que la tour est hantée et il ya des sons qui sont apparus sur quelques pistes qu'aucun de nous ne peut expliquer!
 
FRÈRES. Nous avons grandi ensemble et nous avons commencé en même temps à gratouiller nos guitares respectives. Je ne me souviens pas de la première fois que nous avons joué ensemble... Nous devions être très jeunes. La première fois que nous avons fait un concert tous les deux, c'était  lors d'un festival sur l'île de Wight appelé Bestival, lorsque j'ai rejoint le groupe de Mike. C'était le grand saut !
 Nous avons évolué en écoutant la même musique et avons donc des goûts très similaires. Nous avons aussi la même vision artistique, les mêmes opinions pour le groupe. Nous écoutons toujours ce que l'autre a à dire et nous n'avons jamais eu de de clash sur la direction à prendre. Et pas de problème d'ego: nous voulons le meilleur l'un pour l'autre.
 
DOWN LIKE GOLD. Nous avons décidé de faire un album qui nous aimerions entendre... Quelque chose d'assez puissant et de subtil à la fois, qui ne se laisse pas triturer et perfectionner à l'infini. Il faut accepter l'état brut, le travailler sans le dénaturer, même si, tous les deux en studio, nous étions si épanouis que nous aurions très bien pu ne jamais en sortir.

  

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Eagulls-Philippe-Mazzoni

Nous nous sommes rencontrés à une fête. Un de nos amis a jeté un tiroir de cuisine plein de couteaux du toit. Heureusement, personne n'a été blessé ! Depuis que nous existons en tant que groupe, nous avons appris à gérer nous-mêmes nos concerts et notre vie de groupe, sans suivre le bon vouloir des autres. 

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Angel Olsen-Philippe-Mazzoni-1

J'ai travaillé avec Bonnie Prince Billy pendant trois ans. Nous nous sommes si bien entendus que j'ai continué à chanter sur scène avec eux, et à participer à quelques projets tels que Wolfroy Goes To Town ou Now Heres My Plan. Bonnie Prince Billy est l'un de mes héros, même si j'en ai beaucoup... 

Je veux chanter depuis que je suis toute, toute petite, je n'ai jamais rien voulu faire d'autre. J'ai écouté beaucoup d'artistes et j'ai eu le temps d'accumuler les références ! Mon inspiration, je la trouve en moi, dans les livres que je lis, dans les expériences de mes amis, dans le regard d'un étranger. J'ai tendance à tout exagérer, à embellir ou dramatiser la vérité, et cela sert mes chansons, je crois.

 

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Blood Red Shoes-Philippe-Mazzoni-1

LAURA-MARY CARTER & STEVEN ANSELL

Si vous étiez:

Une fleur

Steven : une orchidée sauvage.

Laura-Mary : une rose... sauvage aussi!

Un animal

Steven: Un singe, un chimpanzé pour être précis. Ce sont d'excellents batteurs !

Laura-Mary: Un lapin. Ou un éléphant, parce qu’ils n’oublient jamais rien.

Un film

Steven: Apocalypse Now... Je ne sais pas vraiment pourquoi, je trouve que ça se marie bien avec Blood Red Shoes, non?

Une figure politique

En choeur: Angela Davis!

Une couleur

Steven: rouge, évidemment.

Laura-Mary: bleu, juste pour le contredire car un peu d'opposition ne fait jamais de mal. Même si nous ne nous disputons pas très souvent...

Une boisson

Steven: du vin rouge.

Laura-Mary : j'approuve, nous n'avons bu que ça en studio quand nous avons enregistré notre dernier album, Blood Red Shoes.

Un objet

Laura-Mary: une lampe de table, modeste et indispensable.

Steven : tu es sérieuse, là? Pourquoi vouloir être modeste?!

Une ville

Steven: Berlin, où nous avons enregistré notre dernier album.

Laura-Mary : c'est cliché mais voilà, je suis obligée de répondre Paris! 

Un autre groupe

Lara-Mary: Les White Stripes ! On nous a tellement comparé à eux, depuis nos débuts. Ce serait une belle vengeance, nous ferions n'importe quoi.

Steven : Fleetwood Mac, c'est un fantasme évident, un groupe légendaire par sa musique, son attitude, ses personnages, tout!

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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St Vincent-Philippe Mazzoni

 

ANNIE CLARK.

La musique me donne plus d’énergie qu’elle m’en prend, et j’ai approché cet album avec plus de liberté et de confiance que jamais. C’est sans doute pour cette raison qu’il porte mon nom de scène.

J’étais quelque part dans le Texas, dans le ranch d’une amie, loin de tout. Un jour, j’ai décidé d’aller me promener dans l’immense jardin de la propriété. Je ne connaissais rien de la nature, c'était une plongée en monde inconnu. C’était un moment extraordinaire. J’ai senti quelque chose de si fort que je me suis déshabillée pour me sentir, comment dire, totalement en osmose avec ce qui m’entourait. Soudain, j’ai entendu un bruit… C’était un serpent, qui me fixait. J’ai fui à toutes jambes, mes vêtements sous le bras. Cela a été une sorte de détonateur pour Saint Vincent. 

Je suis une éternelle nomade. Après des mois de tournées de Strange Mercy, puis ceux de Love This Giant avec David Byrne, je me suis retrouvée chez moi, à étudier le concept d’être chez soi. D’être une personne. Mais je m’en fiche totalement. Ma maison actuelle est à New York, mais je peux vivre partout. En voyageant, je pioche ici et là les expériences, je me nourris davantage. Je ne m’ennuie pas, ce qui serait le cas si je passais toute l’année à New York. Le quotidien n’est-il pas angoissant, franchement? Et je ne sais même pas me préparer un café digne de ce nom…!


Une guitare, une batterie et une basse dans une seule pièce... travailler avec John Congleton est très facile, sans aucune ambition de sonner extraterrestre, ni trop rock’n’roll, ni trop ceci ou cela. L’important était de rester naturel, même si, j’en conviens, cela ne s’entend pas toujours sur ce disque. Je refuse de trop intellectualiser la musique. Car je ne suis qu’une étudiante de la musique, je ne suis pas une experte.

 

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

 

Gush-Philippe-Mazzoni-1

MIRA. C’est le nom d’une étoile qui se situe en dehors de notre système solaire. Bien plus grosse que le soleil, elle a la particularité d’être en mouvement, laissant derrière elle une trainée lumineuse. Cela représente bien le chemin parcouru avec ce disque... Mira est un mot au sens multiples : "regarde" en espagnol, il peut aussi être un prénom serbe se traduisant par "la paisible" ou hébreu, signifiant "celle qui élève". Et en russe, "mir" signifie "la paix" et "le monde".

DANSE. Nous souhaitions faire évoluer notre son, notre manière de composer - nous renouveler tout en renouant avec les synthés de nos premiers maxis que nous avions délaissé sur le disque précédent. Il y a dans Mira une envie de partager et d’amener à la danse, voire à la transe. Enfin, on ne peut exclure les notions de quête et d'introspection assez présentes.

UNE AUTRE PLANÈTE? On y vivrait dans le respect de celle-ci, en étant conscients qu’elle ne nous appartient pas, mais qu’elle nous donne déjà tout ce dont on a besoin. Elle ressemblerait à la Terre avec des humains qui, eux, communiqueraient par la pensée et ne cesseraient de vouloir s’élever ensemble... 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

 

Peter-Peter-Philippe-Mazzoni

Premier coup de foudre musical?

Mitsou, "Bye Bye mon cowboy". Je crois pas que vous l'avez connu ici. Quelle bombe... Elle est encore très jolie aujourd'hui.

Premier album acheté?

Une cassette de Megadeth, Countdown Extinction

Premier concert?

Je crois que c'était Roch Voisine interprétant "Hélène" dans le parking d'un centre commercial. En fait, je n'ai jamais été sûr si c'était bien lui ou  quelqu'un qui interprétait sa chanson, hahaha! 

Premier album?

Quand j'étais adolescent, j'enregistrais des conneries sur une cassette. C'était autant des chansons improvisées sur les rythmes d'un clavier Casio que des personnages complètement imbéciles. Je faisais ça avec mon meilleur ami Jean-Philippe. Nous avons bien du enregistrer au moins quatre ou cinq cassettes de 90 minutes. Peu à peu, cela nous a mené vers des chansons sérieuses. J-P faisait la guitare et j'y récitais mes poèmes. Mine de rien, ça été mon école de la musique. Après, nous avons monté un groupe.

Première chanson ?

Sur les dites cassettes j'avais fais une chanson qui s'intitulait «L'ambulance». C'était un genre de truc crooner sur lequel je prennais une voix hyper grave. J'avais des hauts le coeurs tellement c'était pénible à tenir. Le sommet du refrain c'était: "L'ambulance, on a pas deux chances avec l'ambulance, YEAH!"

Première interview ?

Avec mon premier groupe, justement, pour une radio de la ville de Québec. Je ne me souviens pas de l'émission car nous étions toujours défoncés avant de faire des interviews...  

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

 

Orouni-Philippe-Mazzoni

 

OROUNI. Son nom, c'est comme son visage, on ne le choisit pas. Or, comme pour moi la musique est une affaire de choix, quand j'ai commencé à sortir mes chansons, il a fallu que j'opte pour une signature. J'avais été assez marqué par un passage de On The Road (Jack Kerouac) mettant en scène Slim Gaillard, l'inventeur du mot Orouni. Le musicien, qui a réellement existé, crée ce vocable et se l'approprie. Il joue avec et part dans un délire mi-musical mi-verbal. Le langage est un domaine tellement balisé, avec tant de règles de syntaxe, grammaire, conjugaison, que je vois certains néologismes comme de petits miracles. Pour moi, le mot Orouni renvoie à ce que j'aimerais que la musique soit, idéalement : de la pure invention.

L'INTIME. Beaucoup de chansons qui parlent de l'intime rencontrent le succès. Dans des dizaines de tubes, les interprètes évoquent des sentiments très personnels, et c'est justement parce que chaque personne arrive à établir une connexion avec le caractère intime que le morceau peut fédérer, mais pour des raisons différentes selon chaque auditeur. Même dans ses grandes chansons sur l'état du monde ("A Hard Rain's A-Gonna Fall"), Dylan plaçait quantité de détails très précis dans ses paroles, et les mêlait souvent à des impressions à teneur plus personnelle. Je ne pense donc pas qu'il faille rester général pour séduire ou rassembler.

VOYAGE. J'ose espérer que ce que j'ai retenu dans chaque destination, ce dont j'ai choisi de parler, peut toucher les gens qui vont entendre le disque. Parce qu'ils vont se reconnaître dans certaines situations, ou être au contraire intrigués, interloqués. Oswald de Andrade écrivait : "Seul m'intéresse ce qui n'est pas mien".

INSTRUMENTATION. Certains albums à l'instrumentation contingentée, comme Mug Museum de Cate Le Bon (guitare, basse, batterie, clavier), sont très bons et ne lassent pas, mais j'ai besoin et envie de variété dans le nombre et le son des instruments utilisés sur mes enregistrements. Quand je cherche des arrangements pour une nouvelle composition, je pense naturellement à l'instrument qui va jouer chaque ligne, et cela va rarement être une guitare électrique ou un simple clavier. Je trouve intéressant d'aller chercher à faire sonner quelque chose d'un peu plus spécifique, en tout cas ce qui va le mieux convenir à l'objectif que j'ai en tête. Les limites peuvent être financières, ou il se peut qu'on ne connaisse personne qui joue du glassharmonica alors qu'on en a terriblement besoin, mais intellectuellement, il est plus efficace pour le résultat final de ne rien s'interdire au départ. Cela fait des milliers d'années que l'on invente régulièrement de nouveaux instruments, qui à eux tous composent une palette incroyable, alors pourquoi ne pas en profiter ?

VOLONTÉ et HASARD. Le choix peut intervenir en amont, comme sur "Firearms", où je voulais jouer avec les bois. "The Sea Castle" appelait de la trompette, et "Makeshift Fans" du saxophone. D'autres compositions, par leur nature, ne m'évoquaient aucun instrument de l'orchestre classique, elles sont par conséquent arrangées de façon un peu plus rock, et je pense que c'est ce qui convient le mieux. Mais le processus peut être plus tardif, comme sur "A Giant Swing", où après avoir tout essayé, en vain, j'ai invité Mina Tindle à orner la chanson de ses choeurs. Cela peut être également le fruit du hasard : nous étions en train d'enregistrer des lignes de basse lorsque Jean-Yves Lozac'h est venu nous saluer dans la cabine, et en deux temps trois mouvements, il a trouvé une partie qui collait parfaitement à l'ambiance de "In The Service Of Beauty". C'est ainsi qu'il se retrouve invité sur cet album. Steffen Charron, qui fait partie de la formation live d'Orouni, a enregistré de la basse sur trois morceaux ; cela les a redynamisés. Comme il est également excellent à la six-cordes, il signe les guitares électriques de "Dear Volcano Please", sur lequel Maxime Chamoux a trouvé un solo d'orgue que j'aime beaucoup. On peut multiplier les exemples de la sorte et mettre sur la table le concept de sérendipité, très adapté à la pratique de la musique. Enfin, il y a aussi tous ces instruments dont je joue moi-même, et qui sont à l'origine d'un certain nombre de compositions de Grand Tour. Ainsi, "Speedball" n'existerait pas sans son motif de balafon, autour duquel j'ai brodé la mélodie de voix. Il en est de même pour "Wild Geese And Cigars" et sa boucle de kalimba, ou encore "The Sea Castle" et son riff de cavaquinho.

POP SONG MODÈLE. Selon mes critères de jugement, "Penny Lane" ou "Porque Te Vas" s'approchent de ce qu'est une parfaite pop song. Essayer d'expliquer cela de façon théorique serait assez risqué, et je n'arrive à mentionner que de morceaux des années 60 ou 70, car j'ai l'impression qu'il faut un certain recul en la matière... Mais peut-être qu'un jour, quelqu'un fera une chanson novatrice qu'on considérera comme un morceau pop accompli.  

  

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Anthony Joseph-Philippe-Mazzoni-2

 

LA POÉSIE est une fréquence de la magie. Un poète trouve des lacunes dans sa langue, la poésie est l'âme de la langue. Et, si elle représente beaucoup, elle doit toujours être honnête.

PROTESTER car les luttes et les protestations des gens restent les mêmes qu'auparavant. Le but de l'artiste, c'est de les articuler et en créer de la beauté. Il y a des protest songs dans l'album, notamment celle où j'évoque le cas de Malala Yousafzai, que les Talibans ont essayé d'assassiner, je parle de cette petite fille de Trinidad qui s'est retrouvée enceinte à neuf ans et menacée d'être emprisonnée. Avec 'Hustle to live,' je parle aussi des luttes quotidiennes des immigrants dans les grandes villes. J'essaye juste de donner une voix à ceux qu'on empêche de parler.

Ce nouveau disque s'appelle TIME car nous avions seulement cinq jours pour enregistrer onze chansons assez complexes. Nous étions un peu effrayés jusqu'à ce que Meshell N degeocello, qui a produit l'album, nous assène qu'il ne fallait pas s'en préoccuper. “Travaillons en dehors du temps,” nous a t-elle ordonné. Et cela s'entend sur l'album...

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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