La_Feline

La définition, selon vous, d'une VRAIE bonne chanson?

AGNES: Comme ça, je dirais une chanson aussi forte pour l'esprit que pour le corps: "What's Going On" de Marvin Gaye, "Superstition" de Steve Wonder, "Someone Great" de LCD Soundsystem... Mais il existe de pures chansons physiques ("Toxic" de Britney Spears) et de pures chansons cérébrales ("Ô Superman" de Laurie Anderson).

Alors disons une chanson qu'on peut jouer de n'importe quelle façon, qui tient guitare et voix. Un standard comme "Jolene" de Dolly Parton, ou comme "Personal Jesus" de Depeche Mode - en témoigne sa superbe reprise par Johnny Cash. D'un autre côté, certaines musiques sont indissociables d'une pâte sonore très particulière et séparer la simple mélodie de cette pâte c'est perdre la chanson ("A Forest" de Cure, "Sometimes" de My Bloody Valentine).

Une bonne chanson est justement celle qu'on n'a pas prévue, qui surprend, qui émeut pour ce qu'elle a d'unique, même si sur plein d'aspects elle emprunte à du déjà connu. Ce qui est sûr, c'est que pour les vraies bonnes chansons qui restent à écrire, il faudra autre chose qu'une recette théorique : de la sensibilité, du génie, peut-être même de la souffrance, et certainement du bol!

Pouvez-vous nous raconter la genèse de La Féline?

AGNES: On s'est rencontrés en pleine nuit dans une forêt, je venais de faire un feu. Xavier a rappliqué avec du petit bois. Stéphane se cachait derrière les bouleaux, il n'osait pas s'approcher au début. Il nous a rejoint quand j'ai commencé à chanter très fort. Là, il s'est mis en transe près de feu et nous l'avons suivi dans son délire. Nous avons parlé jusqu'au petit matin des musiques que nous aimions - et de comment vivre.

Et pourquoi s'appeler La Féline?

AGNES: A l'aube, j'ai proposé "La Féline", pour l'amour des métamorphoses. Ils ont acquiescé en silence et nous nous sommes transformés. Nous ne faisions plus qu'un, et nous avons rugi doucement.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni


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Pourquoi Volcanic Sunlight?

J'aime l'idée d'opposer une lumière qui vient de la profondeur à celle qui vient des cieux.

Dans cet album, vous utilisez beaucoup de percussions africaines... Vous sentez-vous encore proche de la culture africaine?

Je me sens proche des rythmes, ceux du ghetto, du village, des favelas, des rituels ancestraux...

En revanche, vous semblez être plus distant envers le hip-hop...

Je n'aime pas avoir le sentiment d'être confiné dans un genre musical plutôt qu'un autre. Je dois beaucoup au hip-hop, notamment mon amour de la musique et du rythme, mais le fait de progresser est plus important pour moi qu'une simple loyauté formelle.

Quand vous regardez tout ce chemin parcouru, que ressentez-vous?

Je suis reconnaissant de tous ces voyages, de toutes les leçons apprises, de toutes ces nuits où j'ai dansé, et de tout ce qu'il y a à venir.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni


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Un objet fétiche?

Mes photos de classe, mes photos de famille, mes photos d'appareils jetables... mes souvenirs.

Une image récurrente?

Un homme et une femme vieillissant ensemble face à l'océan...

Un morceau électronique de référence?

"Cichli" d'Autechre, une rythmique froide mais organique, où se pose une mélodie mélancolique, qui crée une ambiance futuriste et lumineuse. A l'époque où je découvre ce morceau, je découvre réellement la musique électronique. En l'écoutant, je me surprends à rêver d'un monde pas encore là, je suis comme envoyé dans l'avenir. Depuis, c'est tout ce que je demande à la musique éléctronique et ce que j'essaie de transmettre avec la mienne...

Un idéal d'évasion?

Une semaine par an, je pars avec mes amis les plus proches. Ca peut être n'importe où, tant que je suis avec eux.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni


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D'où vient votre nom?

Nous avons piqué "Oh No Oh My" au dos d'une pochette d'un autre album, en pensant vite trouver mieux. Nous aurions pu le changer si nous avions eu la possibilité... seulement voilà, les gens ont commencé à nous écouter sous ce nom. C'était déjà trop tard!

Vous avez fait beaucoup de concerts... Le pire et le meilleur?

Le meilleur, c'est quand les gens rentrent vraiment dans la musique. Le pire, c'est quand ils ne font pas attention à nous, et ne font que parler entre eux. Pas très cool.

Vos artistes préférés, toutes catégories confondues?

Radiohead, Spiritualized, The Smiths, Talking Heads, R. Kelly, MGMT, The Beatles, The Zombies, Ween, The Beach Boys, The Deadly Syndrome, Royal Bangs, Scanners, Pavement, The National, The Velvet Underground, Wilco, Yo La Tengo, Miles Davis, Ella Fitzgerald, Charles Mingus, Bill Evans, Neil Young, P.T. Anderson, Edgar Wright, Larry David, Judd Apatow, David Lynch, Akira Kurosawa, Quentin Tarantino, Jean-Pierre Jeunet, David Milch, Pixar, Christopher Nolan, Stanley Kubrick, David Cronenberg, René Magritte, Roy Lichtenstein, Andy Warhol, John Garland, Andrew Koston, Dan Flavin, Haruki Murakami, Gabriel Garcia Márquez, Robert Heinlein, Carlos Ruiz Zafón.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni


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Une rencontre?

AYELE: Je trainais toujours à la porte de Clignancourt, au marché aux Puces, à la recherche d'un objet, d'une fringue, d'un disque, d'une ambiance insolite... Musicien et enfant de brocanteurs, Laurent y trainait aussi pour les mêmes raisons. On s'est rencontré entre Montmartre et ce fameux marché aux Puces au milieu des années 90, dans un local de musique. Et c'est bien plus tard, à travers nos différentes aventures musicales que Pepper Island a vu le jour - grâce à une  jolie petite guitare à quatre cordes trouvée dans un amas d'objets vintage au cours d'une de nos balades favorites... aux Puces!

Un premier concert?

Un jour, on a tous les deux joué dans une galerie photo ultra chic pour un vernissage place Beauvau, à deux pas de l'Élysée. On était tout de blanc vêtus, et très loins de notre univers populaire de Montmartre ! On a adoré le décalage et, aussi, les invités de la soirée...

Une devise?

Mettre la bonne dose d'épices dans tes amours, dans tes plats, dans ta musique et dans le reste!

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Votre premier album vient de sortir… quel effet ça fait?

C'est très difficile d’exprimer toutes les idées qui me traversent l'esprit... J'aimerais encore porter sur mon dos toutes ces chansons qui se sont accrochées à moi ces deux dernières années, et qui sont si importantes… Elles racontent mes pérégrinations depuis mon arrivée en France. Le moment me semblait venu de les partager, de les faire écouter afin de pouvoir tourner la page. Et d'aller vers de nouvelles chansons, inspirées d'autres aventures.

Quelles sont vos principales influences?

Elles varient tellement! Par exemple, aujourd'hui, j'ai lu dès le réveil un livre de Freya Stark (une incroyable conteuse de voyage) avec les clameurs du Marathon de Paris sous mes fenêtres! Puis est venu l'heure de skater avec Leonard Cohen sur New Skin for Old Ceremony dans mon Ipod. Enfin, j'ai joué de la guitare au bois de Vincennes. Si je devais préciser quelles sont mes influences, je dirais qu'elles viennent d'abord de cette routine quotidienne, de cette constante envie de bouger. Mais musicalement, le plus proche de mon coeur reste Leonard Cohen. Dès que j'ai su faire mon premier accord de guitare, j'ai même volé une petite pile de ses disques à ma première copine… C'est sa musique qui m’a le plus influencé, très loin devant les autres.

Pourquoi vous être installé à Paris?

Cela me semblait être la seule destination raisonnable. J'en avais assez de l'Angleterre, encore et encore… je devais m'en éloigner. Après avoir joué un peu partout en France et balancé mon passeport, j'ai décidé de rester dans ce pays qui m'a si gentiment adopté, dans des villes comme Sète, Antibes, La Rochelle... Paris m’a appelé: j'y avais un ami, Daniel, qui m'a hébergé dans son appartement alors que je jouais à côté de Notre-Dame. Ensuite, j'ai trouvé un autre apart, je suis tombé amoureux d'une Suédoise et je suis tombé amoureux de Paris. "Et voilà!". Il n'y avait pas d'autre choix que de rester, et depuis je n'ai pas connu un seul jour ou je me suis ennuyé! Ma jeunesse n’a jamais été aussi passionnante. Je sais que je reviendrai vivre ici plusieurs fois, tout au long de ma vie.

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni


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Faut-il prendre quelque distance avec l'image pour se consacrer entièrement à un album ?

 

Je n'ai pas pris de distance avec l'image. J'ai au contraire réalisé deux nouvelles séries de photographies pendant l'enregistrement et la sortie de mon album : une série sur l'écrivain Bernard Lamarche-Vadel (c.f. le livre La visite, éd. Filigranes, 2010) et une autre sur le Mexique (exposition prévue cet automne à Mexico puis en janvier à la galerie Vu'). Pour moi, il n'y a pas vraiment de hiatus entre l'image et la musique, puisque dans les deux cas il s'agit d'une démarche d'"auteur" :  j'utilise simplement deux modes d'expression, en l'occurence la photographie et la chanson.

 

Comment s'est passée la collaboration avec Marc Collin? Pourquoi lui ?

J'ai rencontré Marc un soir dans un vernissage. Patrick Bouvet, un ami écrivain, m'avait dit que nous pourrions peut-être nous entendre... Nous sommes allés dîner dans un petit restaurant et, assez naturellement, l'idée de faire un album ensemble a germée entre nous. Deux mois plus tard, nous étions en studio pour attaquer "Nous étions Dieu". En fait, nous avons fait cet album comme deux adolescents : nous nous sommes découverts des goûts communs pour la new-wave, le krautrock et souvenus des groupes que nous écoutions au collège, comme The Cure ou New Order... C'est pourquoi nous avons décidé de produire cet album pour les adolescents que nous étions.

Après avoir passé autant de temps derrière l'objectif, quel est votre rapport à la scène - de devenir sujet, en quelque sorte ?

C'est une sensation étrange. Un peu comme de passer du rôle de voyeur à celui de l'exhibitionniste ! Mais en vérité, ma pratique de la photographie n'a jamais été une pratique inféodée ou "appliquée" : je ne me sens ni reporter, ni portraitiste (même si j'ai fait quelques portraits pour des pochettes d'albums)... C'est à dire que j'ai toujours considéré que mon travail photographique existait en dehors de tout "sujet". Je réalise la plupart de mes projets photo dans le cadre de résidences d'artiste où je jouis d'une grande liberté d'expression et je ne travaille que rarement sur commande. Je considère que la photographie est un art au même titre que la chanson. Même si on peut penser comme Gainsbourg qu'il s'agit peut-être de deux "arts mineurs", le livre de photographies et les disques de rock sont les deux formes artistiques qui m'ont le plus touché en temps que spectateur ou auditeur...

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni


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Alexander serait-il plus accessible que les albums d’Edward Sharpe ?

C’est sans doute lié à la volonté de ne pas être trop prétentieux ou d'être intentionnellement secret, mystérieux, intelligent ou stupide. Dans le passé je me prenais trop au sérieux, et la musique est surtout faite pour être relax… et donc accessible. Aujourd’hui, je suis capable de mieux communiquer.

Pourquoi faire un disque seul?

Parce que je voulais faire de la musique dans ma chambre! C’est quelque chose que j‘ai toujours voulu faire mais sans jamais en prendre le temps. La peur de se confronter à son ego… mais cela m’a au contraire amené une certaine paix. La seule façon de gagner, c’est de se perdre.

La musique est-il avant tout un partage?

Une sortie d’album, c’est extraordinaire comme sensation. C’est une joie, comme un émerveillement d’enfant. Ca m’épate à chaque fois que les gens se l’accaparent et c’est une façon pour moi d’être rattaché à l’humanité. Nous partageons des sensations communes. Cela me rassure, surtout pour moi qui ait peur des aliens!

Le voyage peut-il être aussi intérieur qu’extérieur?

Je vis à L.A., à Echo Park. C’est là que j’ai fait la plus grande partie de l’album. Mais je voyage beaucoup et la terre devient petit à petit ma maison. Ma vie se résume à me lever et à jouer, où que je sois. Je sais aussi qu’il faut enrichir son experience autrement qu’avec la musique. En ce moment, je pense à partir méditer en Inde pendant dix ans...

Un coup de foudre artistique ?

La dernière fois que je l’ai lu Don Juan à ma copine, ça nous a fait pleurer… C’est amusant, mais ça te brise le cœur. Et Lord Byron. La plupart des gens disent ne pas pouvoir décrire ce qu’ils ressentent, mais lui peut. Le vrai métier des poètes, c’est de rendre justice aux sentiments pour en inspirer de nouveaux. Et c'est exceptionnel d'y arriver sans l'aide de la musique.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni


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BernardFevre

 

Comment rester vivant dans l'industrie de la musique?

BERNARD FEVRE: En la côtoyant sans jamais la pénétrer, ou bien très couvert, c'est pourri de germes! Blague à part, je ne sais pas si je suis vraiment dans l'industrie de la musique. Ce que je fait est plutôt artisanal, et ça a toujours été comme ça. Pendant 25 ans, j'ai même été plutôt déconnecté de l'actualité musicale. Aujourd'hui, j'ai une équipe autour de moi qui s'occupe de mes affaires et je peux me concentrer sur la musique, produire, faire des remixes, des prestations live. J'ai beau tourner dans le monde entier, ça reste professionnellement parlant très familial, et amical avec mes fans : je suis quelqu'un de simple. C'est mon alter ego Black Devil qui est plus extravagant, mais il s'exprime uniquement en musique. Je ne peux m'empêcher d'être attiré par lui, d'où la chanson qui clôt mon nouvel album, "The Devil is Magnetic".

Pourquoi avoir appelé cet album Circus?

Parce que je réussis, après tant d'années, à réunir une famille musicale et surprenante autour de ma musique. En quelque sorte, c'est l'ouverture de mon club privé à des connaissances. Je fais à la fois le physio et le DJ. Et à l'intérieur de ce cirque, chaque invité fait son numéro sur une chanson dont je reste le maître de cérémonie. Ma musique étant assez visuelle, il faut voir cet album comme la bande originale d'un spectacle décadent.

Dans Circus, comment réussir cette cohésion musicale avec autant d'invités différents?

Je n'étais pas sûr que cela fonctionnerait mais ma musique a su "habiller" ces voix et ces personnalités fort différentes. Et j'en suis très fier. Même si le processus était artisanal, il s'agissait de professionnels qui savent apporter leur touche sans pour autant dénaturer la chanson pré-existante. Et comme je m'occupe de toute la production de A à Z ça reste un album de Black Devil Disco Club avant tout.

Lorsque vous pensez à tout ce chemin parcouru, assez incroyable, que ressentez-vous?

Pour ce qui m'arrive aujourd'hui, beaucoup de plaisir et d'amusement. Mais j'aurais préféré que cela arrive plus tôt! Ceci dit, je ne suis pas rancunier ni nostalgique, j'ai appris à m'accommoder de la réalité et je regarde toujours vers l'avant. D'ailleurs, je ne tourne quasiment qu'avec des artistes plus jeunes que moi, qu'il s'agisse de mes remixeurs ou de mes invités sur un album. Cela me permet de rester "en contact" sans me forcer.


Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni


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TroyVonBalthazar5

Enregistrer un album… que cela implique-t-il pour vous?

C’est ce que j’aimerais faire toute la journée, tous les jours. L’enregistrement de How To Live On Nothing fut très intense, un mélange entre le fait d’être à la fois sous contrôle et complètement hors contrôle. C’est cet équilibre qui rend la musique belle. Je n’aurais rien pu faire de mieux avec ma petite existence...

Pourquoi le titre de votre dernier album, How To Live On Nothing ?

C’est une description sincère et transparente de ce que je vis depuis quelques années. Des pays différents chaque semaine. Manger, ne pas manger. Dormir, parfois dans ma voiture en regardant par la fenêtre les gens fous de Los Angeles. Jouer sur scène devant énormément de monde, ressentir la meilleure énergie possible: celle entre la musique et les gens, entre la musique et mes mains qui tiennent la guitare.

Quel est le principal rôle d’une chanson - de vos chansons ?

De me garder en vie sur cette planète. De garder l’esprit vivant. De garder le cœur heureux ou triste. Pas de pression, du pur plaisir.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

 

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AsafAvidanTheMojos

Premiers souvenirs musicaux ?

Mes parents ont grandi durant les années 70 à New York, ils y ont vécu avec le blues, le jazz, Hendrix, les Doors… C’est là-dedans que je suis né, mais je ne me souviens pas de grand chose avant mes 13 ans et le choc Nirvana, la scène grunge des années 90… C’est plus tard que j’ai vraiment réalisé à quel point j’ai eu une bonne éducation musicale.

Premiers instruments ?

Je joue de l’harmonica, du piano et de la guitare depuis des années, mais je ne me vois pas comme un musicien car je n’ai jamais appris à jouer formellement d’un instrument. C’est pour cela que je suis très admiratif des musiciens qui m’entourent. Par exemple, je ne sais pas ce qu’est une échelle pentatonique. Nous l’utilisons fréquemment, mais je ne saurais pas le décomposer. Heureusement, je joue suffisamment bien de la guitare pour accompagner mes chansons.

Premier coup de foudre?

A 7 ans, lorsque mon père m’a mis un casque énorme sur les oreilles pour écouter The Wall. J’aimais le coté théâtral de l’histoire, dont je m’inspire encore aujourd’hui dans ma musique, avec cette notion d’histoire, de conversation. Plus tard, j’ai vu le film, à la fois œuvre d’art, concert rock’n’roll et ballet… impressionnant. Ce sont les Pink Floyd qui m’ont fait perdre ma virginité musicale !

Premiers concerts ?

C’était en 2006, dans un bar, où je jouais quelques chansons hippies. Un soir, Ran Nir, le bassiste des Mojos, est venu vers moi, et m’a demandé si je voulais faire de la musique avec lui. Ce fut comme une bénédiction.

Premières fois avec les Mojos ?

On a tous grandi à Jérusalem… c’est un petit monde. Même si nous étions de différentes générations, nous avons réussi à nous rencontrer. Très vite, les concerts nous ont soudés, et encore plus les tournées. Nous sommes partis à New York, Pékin, en Europe. Les choses vont vite. Sortir de l’anonymat, c’était nouveau pour nous tous. J’essaie de m’accrocher, sans comprendre tout ce qui m’arrive… Et j'essaye d’oublier que la musique est ma thérapie.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni


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Vous faites de la musique depuis des années. Pourquoi faire cet album maintenant?

Je suis musicien depuis un certain temps, mais cela ne fait pas longtemps que j’écris des chansons. Le concept même d’album est encore tout nouveau pour moi... Cela m'intimide presque. J’ai fait un disque parce que ma mère m’a dit de le faire. Jusqu’ici, je grattais ma guitare dans mon coin. Elle m’écoutait avec attention, et lorsqu’elle m’a donné ce conseil, j’ai jugé bon de le suivre !

Comment est né Dolphin Forever Love ?

Je me suis donc retrouvé à enregistrer un album, mon album, du début jusqu’à la fin. J’ai simplement savouré l’ambiance, ce qui se passait. Sans aucune stratégie, sans aucune idée en tête. Une seule chose était sûre, je ne voulais pas qu’il fasse plus d’une heure. Arrivé à 60 minutes, j’ai tout arrêté ! En fait, ce n’est pas un album, mais une compilation des chansons que j’estimais les plus convaincantes, et que j’ai placées dans un ordre bien précis.

Pas trop difficile de monter sur scène quand on est timide ?

Etrangement, je me sens vraiment naturel sur scène, et tout passe à une vitesse infernale. J’ai été très inquiet au début, et j’ai vite appris que plus tu jouais, plus tu apprenais. Aujourd’hui, je me sens en symbiose avec mon public. Cela me rend heureux pour plusieurs jours.

Vous semblez très heureux...

L’art, c’est la vraie vie. Je fais ce dont j’ai toujours rêvé sans même le savoir, je ne pourrais pas être plus heureux! Pour le reste, je me tiens éloigné de l’industrie de la musique, je ne change surtout pas d’amis… Je ne veux pas accorder trop d’importance à ce qui n’en mérite pas.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

 

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Gangoffour

 

Quand êtes-vous arrivé sur Paris ?

ANDY GILL: Ce matin, de Bruxelles. J’aime cette ville : dans les bars, on peut fumer tranquillement. Je n’y croyais vraiment pas, j’étais impressionné quand je suis arrivé là-bas. John me rejoint demain et nous allons à Berlin. Mais bon, c’était mieux quand il y avait le Mur…

Dans l’ensemble, c’était mieux avant ?

ANDY: Dans les années 70, c’était la crise, il y avait beaucoup de grèves en Angleterre. Le gouvernement a mis du temps à régler ces problèmes. À l’époque, nous étions pauvres, nous vivions dans des villes de merde. Des villes charbonnières, dont tout les boulots sont partis en Asie. L’extrême droite montait en puissance, il y avait beaucoup de chômeurs. Ils cherchaient la bagarre avec nous car nous étions des musiciens, des homosexuels, des artistes bohémiens.. C’était un peu Il était une fois dans l’Ouest, avec une atmosphère encore plus sombre et violente.

Et puis il y a eu les années 90…

ANDY: Depuis les années 90, tout a été reconstruit et tout a brillé. Les années qui ont suivi les eighties, les gens ont gagné beaucoup d’argent. Mais là, l’argent disparaît à nouveau. Et la politique se doit d’être austère, calculatrice, précautionneuse. Nous sommes tous impliqués dans les problèmes de ce monde capitaliste, nous y sommes tous impliqués. Car tout le monde possède un compte en banque, n'est-ce pas? Rien n’est vraiment simple, et nous ne pouvons nous contenter d’une analyse marxiste dépassée aujourd’hui.

Pensez-vous toujours faire des protest songs ?

ANDY: Dans un sens, oui ! Même si tout le monde ne le reconnaîtra pas.

Vous êtes devenus des icônes, beaucoup vous ont copié… comme les Red Hot Chili Peppers?

ANDY: C’est vrai, le son de la guitare, le rythme des percussions… Les Red Hot se sont bien servis ! Tiens, j’ai rencontré une fois Flee à Londres, et il m’a charrié en me demandant pourquoi je ne les avais pas poursuivis. Peut-être que j'aurais du?

Etes-vous un groupe dit politique ?

ANDY: Si on oublie la politique et si on ne fait que décrire ce que l’on voit, on n’aborde pas les choses intéressantes. Je ne parle pas de cœurs brisés. Notre but est vraiment d’éviter les clichés… pas comme Coldplay. C’est trop adolescent pour moi. Même si Gang of Four ne sera jamais la bande-son d’une pub pour un parti, et que nous nous ne lèverons jamais le drapeau rouge sur scène, nous essayons simplement de comprendre comment les choses fonctionnent.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni


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Bonjour Adam. Comment ça va ?

Je passe deux jours à Paris et ce soir, je repars à Londres avant de rentrer à New York. Et je serai de retour en janvier pour la sortie de l’album. Je suis content d’être là, l’Hôtel Amour est cool et la nourriture y est très bonne.

Comment s’est fait Minor Love?

Minor Love a été enregistré à Los Angeles sur les collines d’Hollywood. Nous sommes restés dans cette maison pendant 4 semaines. Je dormais au studio quasiment tous les jours. Avec Noah Georgeson qui a travaillé sur l’album avec moi, nous avons carburé sur le tracking. C’est la première fois que je joue de la batterie sur un album, ce qui contribue à donner un son différent à l’enregistrement.

Après une passe difficile, comment t’es-tu motivé à faire ce nouveau disque ?

L’été dernier, je devais écrire de la musique pour une pièce allemande, basé sur une nouvelle de Paul Auster. Le tout était très porté sur la musique classique… et compliquée ! C’était un exercice de style auquel je m’étais plié pour ce projet. J’ai donc approché l’enregistrement de Minor Love de façon très simple. C’était très libérateur de simplement jouer de la guitare comme un musicien de folk lambda.

Comment réussis-tu à manager une orchestration si riche avec une production si épurée ?

C’est plus lié à la technique que j’ai acquise au fil du temps, car il y a au moins quatre enregistrements, tous faits séparément. C’était mieux d’introduire chaque instrument par des séquences de cinq secondes, par exemple avec de la clarinette, puis avec de la batterie. Nous avons aussi utilisé une Tympanie à la place d’une batterie lambda. Et utilisé quelques autres artifices…

Ce qui peut donner un côté d’autant plus authentique…

Tout à fait. Très jeune, j’ai abordé la musique comme un travail d’art plutôt que de la musique pop. Je n’ai pas été élevé avec la radio, pas du tout, mais par des tonnes de disques, les miens et ceux de mes parents. J’écoutais aussi beaucoup de musique psychédélique… que j’apprécierais différemment maintenant. Ce qui ne veut pas dire que je prenais des champignons hallucinogènes, attention !

« Lockout » possède un petit côté klezmer non négligeable, non ?

Oui, j’ai écouté de la très bonne musique en Hongrie, j’y ai vu de très bonnes prestations live. Mais niveau influences, Thelonious Monk et Django Reinhardt sont très importants pour moi. Ils ont particulièrement affecté mon approche de la guitare, notamment pour des solos. Même si je ne brille pas par ma technique !

Comment écris-tu tes chansons ? Avant ou après la composition ?

En chantant, il suffit que je sois dans le mood et cela devient une chanson. Un café, une clope et on se laisse aller. Sur Minor Love, un quart des chansons n’était pas encore fini au moment de l’enregistrement. Parfois je sortais pour aller dans mon sanctuaire, c’est-à-dire ma chambre, et tout collait parfaitement à mon retour.

L’humour est-il toujours aussi important à tes yeux ?

Oui, l’humour reste, mais le poids des années transparaît. J’ai fait une psychothérapie, j’ai été mal, très mal, j’ai même du passer quelques jours chez mes parents. Ils sont adorables, mais c’est terriblement dur d’être avec eux...

Toutes ces expériences donnent-elles d’avantage de sens à l’album ?

C’est important qu’il y en ait, toujours. D’ailleurs un album ne doit pas être craché comme du vomi. Le disque doit être un cadeau pour l’auditeur. Je peux admirer le rock noisy, par exemple, mais ce n’est pas mon truc. Je préfère la technique lyrique et la poésie, lorsqu’il n’y a pas de distorsion.

Pourquoi ce titre, Minor Love ? Rapport à l’art mineur dont parlait Serge Gainsbourg ?

« Minor » pour que les gens sachent que ces chansons ne sont pas effrayantes – même si elles peuvent signifier beaucoup. Il n’y a de rapport direct avec Gainsbourg, bien que je le connaisse, et que j’aime beaucoup son travail… D’ailleurs il peignait, je crois, comme moi.

Quel type de peinture t’influence ?

J’aime Raoul Duffy, Goya, Fernand Léger, le fauvisme, le pop art, les cartoons, les peintres hollandais du XVIIe. Ah, et Francis Bacon, bien sûr !

Tu es venu à Paris en septembre 2009 pour un concert avec Carl Barât, au centre Pompidou… Comment c’était ?

Je suis très déçu de ne pas avoir été aussi bon que prévu. À la troisième chanson, j'ai perdu ma voix. Mon groupe et moi avons changé le programme que nous avions répété et au dernier moment, nous sommes passés en acoustique. Et puis j’ai du emprunter une guitare car la mienne était cassée. Tout ça mélangé à un peu d’alcool… Je veux vraiment faire mieux la prochaine fois… Bref, le principal est que Carl ne m’en veuille pas aujourd’hui.

Quelles sont les chansons de Minor Love qui t’ont le plus marqué ?

D’abord « Breacking Locks », enregistrée avec un vieux microphone pour la radio, je voulais lui donner un cachet country song. J’ai utilisé le hand radio des camionneurs. Pour « Don’t Call Me Uncle », je suis allé dans le désert. J’étais accompagné d’un musicien qui voulait voir les terrains de golfs dans le désert d’Arizona… mais personne ne joue du golf ! Bob Marley et les Wailers ont été une grande source d’inspiration pour « Goblin ». Quant à « It’s A Coming Down Song », c’est ce qui définit la fin de quelque chose. La chanson dévoile le secret de mon dégoût de la cocaïne…

Comment définir ton travail ?

J'écris pour me relaxer. Pour me satisfaire. C’est comme une pulsion, comme lorsque je me masturbais plus jeune… mais en plus élaboré.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni


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Faire du rock, si l'on peut considérer que le rock puisse être une musique précisément définie, ce n'est pas être déchiré, dépressif, tonitruant, emporté. En tout cas, pas tout le temps. On peut jouer du rock et être calme. Etre posé mais se révolter, parfois. Savoir ce que l'on ne veut pas.

La guitare, c'est toute ma vie. Sans elle, je n'ai aucune véritable raison de persister dans un monde cruel - suffisamment cruel pour avoir envie de m'enfermer dans ma chambre d'ado et d'écrire des chansons pas toujours très gaies. Mais après la pluie, le beau temps. On en sait quelque chose en Angleterre !

 

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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