Hamilton-Leithauser-Philippe Mazzoni

BLACK HOURS. La première chanson de l'album, 5 AM, a vu le jour grâce à deux autres morceaux:  "The September of my Years" et "In The Wee Small Hours" de Frank Sinatra. Dans chacun de ces titres, il joue le rôle d'un personnage, un homme nostalgique, victime de hauts et de bas, qui se complaît dans son malheur. Une porte ouverte à tous les drames. Evidemment, personne ne peut croire que Sinatra ne va pas bien, car c'est une superstar interplanétaire. Il l'interprète de manière si intense que c'en est presque absurde, mais sans jamais être clownesque. Ces chansons sont incroyables, sa voix exceptionnelle, et on s'amuse tout du long, malgré leur aspect tragique. J'adore. Avec cet album solo, je voulais quelque chose d'à la fois sombre et de night-clubesque, si je puis dire.

ROCK'N'ROLL ORCHESTRAL. Après The Walkmen, je me suis retrouvé seul, avec ce désir irrépressible d'aller le plus loin possible du point de vue musical. Ce qui singifiait me décrocher du rock'n'roll... ou plutôt de celui que je jouais jusqu'ici. D'abord, j'ai du me tenir éloigné des batteries boom-boom-boom et des guitares brutes de décoffrage. J'ai commencé à composer autour des cordes. J'écoutais ces disques de Frank Sinatra, mais aussi Billie Holiday et Cole Porter, et j'ai réalisé que je pouvais totalement changer ma voix en changeant le line-up du groupe. Je m'imaginais un album très minimal, les deux premiers titres en témoignent, "5 AM" et "The Silent Orchestra", sauf que j'ai reçu un appel de Rostam Batmanglij, qui m'a demandé si je voulais qu'on écrive quelques chansons ensemble. Il ne vit pas loin il est passé et là, coup de foudre musical, et grande entente amicale. Il voulait partir sur du rock'n'roll, ce que je ne voulais surtout pas, puis, après quelques clash, nous nous y sommes attelés. Le résultat, c'est "I Retired". Quelques semaines plus tard, nous avons repris notre dialogue, et avons écrit "Alexandra". C'était du rock, mais c'était amusant, enfin. J'étais si étonné... Ce disque m'a réconcilé avec le rock'n'roll, ce qui était vraiment loin d'être envisageable.

SOLO OR NOT SOLO. J'aim travailler avec d'autres personnes. Cela peut paraîte ironique de dire ça maintenant, alors que je viens de quitter mon groupe, mais c'est la vérité. Le problème avec The Walkmen, c'est que nous sommes tombés dans un mauvais schéma, où chacun avait endossé un rôle, et cela commençait à me sembler vraiment répétitif. J'adore ces mecs et j'espère bien retravailler avec eux un jour mais aujourd'hui, rencontrer de nouvelles têtes est tellement excitant! Surtout après voir vu les mêmes personnes pendant 15 ans. Je passe 90% de mon temps seul et, si je dois créer avec d'autres, il faut que ça en vaille réellement la peine. 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Sarh-Philippe-Mazzoni-1

DJ PONE & JOSÉ FONTAO

Comment vous êtes-vous rencontrés - vous qui venez chacun de deux univers assez distincts ?  



DJ PONE: Nous nous croisions déjà en festival, nous nous retrouvions sur les mêmes plateaux avec Stuck et Birdy Nam Nam... Mais c'est en club, par l'intermédiaire d'un ami que nous avons réellement été présentés. 
Je cherchais à travailler avec un chanteur et  Jean Nippon m'a naturellement dirigé vers José qui se trouvait alors à l'autre bout de la pièce, dans les loges du Social Club. Nous avons discuté et, dès le lendemain, nous étions chez moi à écouter des instrus. 



D'où est venue l'idée de faire cet album ensemble?



José est reparti de chez moi avec l'instru de "Urquinaona" et de "Sailing With Lost Souls". Moins de 24 heurs après, il me renvoyait des maquettes avec ses voix, le résultat était magique, très libre, spontané,efficace.. Nous avons commencé à nous voir tout le temps, apprendre à travailler ensemble et à nous connaître aussi. Mais c'était sans cahier des charges, à l'instinct. Petit à petit, nous avons bossé les compos ensemble, ça allait assez vite et nous nous sommes retrouvés avec de quoi faire un album. C'est aussi simple que ça!



Quel était votre objectif commun du point de vue musical ?



Nous avons fait ces morceaux à des moments charnières de nos vies personnelles, nous traversions des phases difficiles et aussi très belles... Cette symétrie de nos vécus a teinté l'album de manière assez forte... Nous réalisions aussi quelque chose de différent de ce qu'on faisait chacun de notre côté. Pourtant, ce disque nous ressemble. C'était normal de le faire, un peu comme si nous suivions une thérapie de groupe à deux!



D'où vient le choix de ce nom, Sarh?



La ville de Sarh se trouve au Tchad. Le père de José y est né.
 Il y a de nombreuses matières rythmiques directement inspirées ou samplées de musiques africaines dans l'album, et, quand José a proposé Sarh, c'était évident. Il y a un truc aride et chaud dans ce disque. Nous voulons le défendre sur scène, emmener les gens dans une ambiance et qu'ils n'en ressortent qu'à la dernière note du concert... Nous repartons chacun de zéro, nous touchons un public différent et nous attendons avec impatience que notre album soit écouté.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Elephant 3-Philippe Mazzoni

 

AMELIA RIVAS & CHRISTIAN PINCHBECK

Comment réussissez-vous à parler de votre propre histoire?

Amelia: Nous ne nous sommes jamais vraiment assis et parlé de notre relation, ce qui n'allait pas ou comment et pourquoi nous éloignions l’un de l'autre - en quelque sorte, la musique nous a rapprochés. L’album m'a permis de dire exactement ce que je voulais lui dire (avec parfois trop d’honnêteté) et, plus important encore, il nous a permis de nous parler à nouveau après la rupture.

Christian: C’était pratique, quand on y pense... Parler de nous nous a vraiment aidé à surmonter notre séparation. Etrangement, le bon accueil réservé à Elephant a été extrêmement positif pour notre relation. Mais ce qui est dingue, c’est que nous n’avons jamais parlé ensemble de notre histoire d’amour. Tout le monde l'a fait pour nous. 

Vous souvenez-vous de votre premier grand amour musical?

Amelia: Julian Casablancas, il m’obsédait.

Christian: Bianca Casady de CocoRosie. Elle reste chère à mon coeur d’enfant. J’ai récemment lu qu’elle s’était fiancée, je ne sais pas de qui il s’agit mais cette personne va devoir faire attention, je l'ai à l'oeil! Je passe beaucoup de temps sur Internet à regarder des vidéos live de Bianca, et j’ai même réussi à convertir mon coloc Matthew au Casadyitus.

Amelia, pouvez-vous décrire Christian en une seule phrase?

Amelia: Un étranger talentueux qui m’a fait chanter.

Christian, pouvez-vous décrire Amelia en une seule phrase?

Christian: Poétique, pragmatique, éthérée, briseuse de coeurs.  

Votre premier album vient de sortir. Que ressentez-vous?

Amelia: Je me sens comme submergée. Nous avons travaillé si longtemps afin de terminer cet album, et ça, y est, il est sorti. Quel accomplissement, j’ai hâte de le partager!

Christian: J’ai l’impression de porter un poids en moins. Tout semble bizarre, angoissant. J’ai du prendre un Xanax pour dormir la nuit dernière. J’ai fait un cauchemar : je mixais notre second album - j’ai cru devenir fou en essayant de mixer Sky Swimming, j’ai du demander à notre producteur de le terminer ! J’espère que nos prochaines chansons ne parleront pas du terrible petit ami que j’ai été.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Mozes  The Firstborn-Philippe-Mazzoni-2

 

MELLE DIELESEN

Pourriez-vous nous raconter la genèse de Mozes & The Firstborn?

Tout a commencé il y a trois ans. Après un an passé à Londres où j'étudais la production musicale, je suis revenu en Hollande car j’avais réalisé que j’avais envie d’écrire et d’enregistrer mon disque à moi plutôt que de stagner en cours. J’ai donc commencé à enregistrer des démos dans la cave de ma mère. L’un de mes meilleurs amis, Gus, me présenta alors mon futur batteur, Raven. Le jour où nous nous sommes rencontrés, nous avons joué deux heures d’affilée et ça a tout de suite été parfait. Une heure plus tard, nous envisagions de monter un groupe et le lendemain, nous écrivions des chansons ensemble. Une véritable étincelle! Deux semaines après, Corto nous rejoignait à la basse - encore un que m’avait présenté Gus à l’époque du lycée - j’avais joué dans un de ses groupes d’alors.
Deux mois plus tard, nous enregistrions notre premier EP dans une ancienne usine Philips, là où fut inventé le CD! Nous avons commencé à tourner et attendre notre quatrième homme... Et là encore, Gus prouva son talent d’entremetteur en me présentant Ernst. Il était plus vieux que nous, nous l'avions déjà vu sur scène avec ses groupes tous assez cools, il avait un sens de l’humour génial, bref, nous pensions que jamais nous ne pourrions l’intéresser. Un peu quand les Beatles voyait Ringo jouer avec Rory Storm and the Hurricanes. Un an et demi plus tard, nous avons réussi à le convaincre. Et pour faire notre premier album, nous retournâmes tous ensemble dans la cave de ma mère. Quant à Gus, il est désormais notre tour manager!

Pourquoi ce nom de groupe ô combien biblique?

Quand j’étais petit, je vivais avec mes parents dans une communauté juive et hippie appelée "De Eerste Moshae" ("The Firstborn Mozes »), dans la campagne hollandaise. Elle est très controversée aujourd’hui car son dirigeant a été impliqué dans moult scandales sexuels. En grandissant, j’ai commencé à me rebeller contre les règles de cette secte. À 17 ans, je suis parti de chez moi et j’ai pris le premier bateau pour l’Angleterre. Une évasion, en quelque sorte. Ainsi, le nom du groupe me rappelle cette période horrible de ma vie. Par chance, ma mère a elle aussi réalisé qu’il fallait en partir… Et non, en fait, je rigolais. Mais cela aurait une super histoire, non? En réalité, c’est parce que j’ai du regarder à peur près mille fois le dessin animé Le Prince d’Egypte quand j’étais petit.

Le musicien qui vous a fait vibrer dès l’enfance?

Avant tout, Michael Jackson. J’avais l’habitude de danser sur "They Don't Care About Us" quand j’étais un tout petit garçon. Et puis, à 13 ans, j’ai découvert Nirvana et je me suis complètement plongé dedans. C’est là où j’ai commencé à être totalement obsédé par le fait de prendre une guitare et de jouer dans un groupe. J’ai aussi été obsédé par le Velvet Underground, les Stones, les Beatles… Comme tout le monde dans le groupe. Ah, et aussi, Guided By Voices. Il ne faut pas les oublier, ceux-là!

Votre plus grand désir, là, maintenant, tout de suite?

Dominer le monde! Non, je plaisante, juste dépasser nos frontières, c’est déjà bien. Jouer en France, aussi, ça nous rend dingues. Nous aimons votre fromage, votre pain (même s’il peut heurter nos palais délicats), votre vin… S’il vous plaît, aimez-nous, vous aussi!

  

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Yann-Destal-Philippe-Mazzoni

 

PREMIERS PAS LIVE EN SOLO. Mon premier concert en solo, il me semble que c'était à Paris au... Tryptique! Aujourd'hui rebaptisé le Social Club. Excellent souvenir, grand challenge pour moi, car j'avais ré-arrangé les chansons pour être interprétées avec, pour m'accompagner, uniquement un violoncelle. Je me rappelle avoir ce soir-là partagé l'affiche avec Ayo, et Sia (chanteuse de Zero 7) avec qui j'ai retravaillé par la suite. C'était il y a un peu moins de dix ans - ce qui n'est pas peu. Mais en tout cas, un concert dont je suis sorti heureux. 

LET ME BE MINE. Suite au succès trop mitigé de mon premier album (The Great Blue Scar, ndlr), et certaines divergences musicales, je me suis séparé de ma maison de disques. Plusieurs années déjà se sont écoulées, durant lesquelles j'enregistrais de nouveaux morceaux. Retrouvant ma liberté, j'ai continué à enregistrer, en me disant: "si ça plaît à quelqu'un dans le milieu professionnel, tant mieux. Sinon, je continue, de toute façon." Ma patience a été mise à l'épreuve, jusqu'au jour où ces personnes que j'attendais sont apparues. Alors il ne me restait plus qu'à choisir parmi les nombreuses chansons enregistrées pour faire Let Me Be Mine

EXIGEANCE POP. Lorsque je travaille sur un morceau, c'est une masse de boulot artisanal dont personne ne se doute - et c'est tant mieux, car ce n'est pas le propos - avec en moyenne un millier de clics de souris par seconde de musique! Oui, peut-être que ma musique est exigeante dans le sens où ce qu'elle raconte ne peut être vraiment compris en mode "musique d'ambiance." Il faut l'écouter comme quelqu'un qui nous adresse la parole. Ses émotions sortent ddes thématiques contemporaines habituelles, à savoir la fête mondaine, l'émancipation transgressive de masse, les états d'âmes dans le cadre de l'amourette, etc. Je ne crache pas dessus, tout cela peut donner d'excellentes chansons, depuis notamment les Beatles.

SPIRITUALITÉ. Ce que je fais incite l'auditeur à prendre le risque de nager plus au large, pour explorer ce que signifie l'absolu. Je ne dis pas que j'y arrive. D'ailleurs, ça n'est pas à moi de le dire. Mais j'essaye de parler de Dieu - ou appelez cela comme vous voulez, le monde au dessus, au delà du nôtre -, des tournants ultimes dans la vie, ou d'une critique du projet de notre société... J'espère juste que ceux qui acceptent le voyage que je propose en reviennent heureux. Ou n'en reviennent pas du tout, tiens!

MÉLANCOLIE CHÉRIE. Pour moi la mélancolie est une joie dans la tristesse. Cela peut surprendre, mais je crois que mes chansons sont très optimistes. Je ne parle pas de celles qui le sont ouvertement, comme "You look like Heaven" ou "Feel it". Dans cet album, on ne trouvera pas une seule phrase qui mène à l'abattement, au désespoir, la résignation. Cela ne fait pas partie de mon registre. Peu de monde me contredirait sur l'idée que notre époque est difficile. Et pour moi, des chansons qui célèbrent la joie de vivre de manière unilatérale sont à côté de la plaque. C'est un déni de notre réalité. Il est sain de ne pas être satisfait du monde dans lequel nous vivons. Pourtant, il faut être en accord avec son époque, et je pense faire une musique qui s'y inscrit... On aspire à un idéal, mais il est trop dur à trouver, à imaginer selon les critères de bonheur qu'on nous propose. Alors, pour moi, il faut voir les choses en face, et prendre le risque de trouver cet idéal par nous-mêmes. C'est une épreuve douloureuse, qui ne peut aboutir qu'avec un inébranlable optimisme.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

 

Superhumanoid-Philippe-Mazzoni

 

CAMERON PARKINS.

La première chanson entendue ? Celle dont je me souviens le plus est chantée par Jimmy Cliff, "I Can See Clearly Now"... Mon père est un grand fan de reggae et la mettait à fond - ce titre figurait aussi sur la bande originale du film Rasta Rocket auquel, du haut de mes 7 ans, j'étais totalement accro!

La première chanson jamais écrite? Tout ce que j'ai écrit au début, c'étaient des morceaux punk. Quand on saisit une guitare pour la première fois, on ne sait pas faire autre chose que de plaquer des accords très simples et faire un maximum de bruit... Assez parfait, quand on y pense. 

Votre premier coup de foudre musical? St. Vincent. Je suis tombé amoureux de sa musique et de sa voix. Elle est à la croisée de tout ce que j'aime. Lorsque je pense à son premier album, je me souviens d'une période précise de ma vie, lorsque je vivais seul à San Francisco, rêvant de tout ce que je pouvais expérimenter en musique.

Votre première rencontre? Nous nous sommes rencontrés grâce à des amis en commun, à Los Angeles. Tous nos amis sont à fond dans le rock et la folk, et nous étions les trois seuls à trouver de l'intérêt à faire de l'électro-pop! 

Votre premier album? Exhibitionists est né après un été très intense d'écriture, de conversations et d'expérimentations. Nous nous levions, prenions le petit déjeuner, et nous enchaînions sur 8 heures de studio... Le soir, nous réécoutions tout. Et le lendemain, tout recommençait. De la rigueur et du perfectionnisme!

 

 Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

 

Au revoir simone-Philippe-Mazzoni-2

HEATHER

GENÈSE. J'ai rencontré Erika dans un bar; c'était la petite copine d'un de mes amis et il voulait me la présenter. Je n'oublierai jamais ce moment où elle a traversé la pièce vers nous - elle avait cette allure de it-girl qui m'a donné envie de la connaître davantage. Elle m'a invitée à venir jouer de la musique chez elle avec Annie, que je n'avais jamais vue auparavant... Je me souviens avoir pensé qu'Annie était l'une des personnes les authentiques et gentilles au monde. À cet instant précis, j'ai su que je voulais passer plus de temps avec ces deux filles-là. Ensemble, nous réussissons à rester nous trouver chacune.

MOVE IN SPECTRUMS. C'était faire un autre album très porté sur les claviers sans pour autant sonner comme ses trois prédécesseurs. Les thèmes sont ceux qui m'intéressent le plus: grandir, être amoureux, observer les choix des autres à prendre un chemin plutôt qu'un autre. Le son est plus minimal, clair, les rythmiques plus relevées. De Madonna à Santigold, nous avons écouté beaucoup de choses dansantes...  

MEILLEUR SOUVENIR. Jouer aver AIR à Paris. Apprendre à jouer leurs chansons et leur enseigner les nôtres, c'était un rêve devenir réalité. Je suis une énorme fan de ce groupe depuis l'adolescence.

PIRE SOUVENIR. De très mauvais concerts, comme cela peut arriver en dix ans de groupe... Cependant, j'ai réalisé au fil des années que ce je considérais comme une mauvaise performance n'était pas forcément reçu en tant que tel par le public. Et ça remet les choses en perspective. Sur scène, il m'est aussi arrivé de pleurer - mais je n'en suis pas très fière!

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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AlbPhilippe-Mazzoni

 

CLÉMENT DAQUIN

Pourquoi et comment ce premier (deuxième) album "assumé" en solo, si l'on peut dire?
 
Mon premier album Mange-Disque, était l’album de toutes les découvertes. Travailler avec des musiciens, tâtonner avec les machines, enregistrer soi-même ses morceaux, construire un projet un peu fou depuis une petite cave... J’avais l’ambition d’écrire de la musique mais je n’avais jamais chanté, au début ça ne me venait même pas à l'esprit!

J’ai donc construit cet album avec un ancien ami de lycée Alio au chant, et Nicolas, futur bassiste des Bewitched Hands. Le problème, c’est que j’avais une idée tellement précise - justifiée ou non-  de là ou je voulais aller que je ne leur laissais que peu de place pour s’exprimer. Plus ça avançait, plus je me mêlais des textes, plus je voulais les interpréter puisque c’était les miens. Ils en devenaient presque "mes" musiciens, et je pense qu’ils n’avaient pas signé pour ça à l'origine. Le départ de Nico pour les Bewitched naissants m’a finalement permis de tout refondre et de repartir à zéro sur des bases claires. Puis il a fallu apprendre a chanter, à l’assumer, j’avais envie de piano pour la deuxième moitié de l’album donc j’ai commencé le piano, etc, etc. Cela a pris un peu de temps, mais j’y suis arrivé.
 

Votre première collaboration musicale ?
 
Je pense que toute première collaboration musicale est marquante, dès lors qu’on construit quelque chose... C’est assez magique. Mes premieres "partouzes musicales" avec KIM, pour le citer, restent un évènement important. Je l’ai accompagné sur de nombreuses dates entre 2009 et 2010, avec mon batteur Thomas. Kim vient du rock, il a une longue experience de la scène. Avec lui, la musique se fait sur le vif, peu importe si on a déja répété ce morceau avant ou pas ou que la guitare soit accordée ou non. Cela donne des concerts de 45mn qui finalement durent 2H30, avec une énergie folle. J’en redemande.
 
Le premier concert en solitaire?
 
C’était a la Cartonnerie, a Reims, début 2009. Un vrai challenge, je devais me prouver quelque chose. De cette tentative découle l'ossature ma formule live actuelle, c’était plutôt formateur. 

Le premier morceau travaillé pour cet  album à venir?
 
"Hypoballad", qui ouvre l’album. L’ordre des titres est quasiment chronologique, il raconte une histoire, il évolue par la musique, les sons, les mots. La fin était prévue depuis un moment, mais c’était important que je suive une temporalité pour créer un fil conducteur - que cet album grandisse en même temps que moi.
 

La première fois que vous avez pensé: "la musique, et rien d'autre?"
 
Je pense que je me suis dit ça assez vite, dès que j’ai touché ma première guitare - assez tard - dans ma chambre d’internat. Je suis passé de rien à une boulimie incontrôlable.

Mais le vrai virage s’est produit en 2006, en quittant mon job de designer a Paris pour me consacrer uniquement a la musique. J’avais plusieurs projets en route, dont ALB et Klanguage - mon premier groupe avec Yuksek. Alors qu’après deux ans je demandais a mon boss de réduire encore mon temps de travail pour consacrer plus de temps à la musique, il m’a mis au chômage en m’offrant le gros ordinateur sur lequel je faisais les images 3D. Et avec lequel j’ai pu enregistrer mon premier album! C’est lui qui m’a mis le pied a l’étrier, je ne sais pas si j’aurais passé le cap aussi brutalement tout seul. Je lui en serais éternellement reconnaissant. Ce n’est pas une anecdote très passionnante, mais je n’ai jamais eu l’occasion de le remercier... c’est chose faite.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Pendentif-Philippe-Mazzoni


BENOIT LAMBIN

PENDENTIF. C'est quitte ou double, les gens peuvent détester. C'est le nom dela  toute première chanson qu'on a composée, qui avait un un rapport à ce nom masculin porté par les filles... Cela traduisait bien la mixité du groupe. Il y a là une valeur romantique, affective, un pendentif peut être le don de la grand-mère ou de l'amoureux. Et, de plus, c'est un mot très français.

LE FRANÇAIS, justement. Il existe ces figures titulaires, tels Jacques Brel ou Léo Ferré, assortis d'une musique très sérieuse, et plus il y a Serge Gainsbourg, qui arrive aussi bien à faire "La Javanaise" que "L'Ami Caouette". Il a sublimé la pop et, d'après nous, a décomplexé la langue française. Michel Polnareff a lui aussi fait appel à de musiciens anglo-saxons... Je chantais déjà en français avant, et le challenge de Pendentif était à relever. Il y a encore peu de formations pop dans l'hexagone, donc un terrain créatif encore à défricher. Nous sommes aussi influencé par des groupes anglo-saxons très contemporains. Avant de mettre un texte en avant, on cherche avant tout la musicalité. Sur l'album, les mélodies sont venues avant les paroles, qui naissent d'abord en franglais, avant que quelques phrases déterminent l'ADN de tel ou tel morceau. C'est une vraie liberté musicale.

PERSONNALITÉS. Jusqu'ici, nous avons marché à l'instinct. Nous nous sommes aperçus que notre groupe ne pourrait pas toujours creuser le même sillon de la surf pop et de la ligne claire. Les derniers titres en date sont plutôt groovy, portés par la basse. Nos envies conduisent notre musique. Lorsque nous avons assuré les premières parties d'Indochine, on nous a chatouill... Mais nous n'avons rien contre la variété, qui peut très souvent flirter de près avec l'underground. Notre challenge: faire un morceau très populaire, mais de qualité.

L'AMOUR. Certains sont timides avec leurs émotions. Nous, pas du tout ! Nos paroles ne s'encombrent pas de pudeur. Nous aimons dire "je t'aime" en frontal, et la voix ingénue de Cindy est idéale à cet effet. Nous avons des goûts très différents, mais nou nous sommes d'accord sur la séduction, la musique sexy, de Prince à Sébastien Tellier.

MAFIA DOUCE. En allant en répète, en voiture, nous cherchions des termes jouant sur les contrastes, tels Fantaisie Militaire de Bashung… La Mafia Douce, ce sont des gens qui t'entourent: ta famille, tes potes, tes amours, ceux qui te supportent ou à qui tu vas taxer des clopes. Le groupe est très soudé, nous sommes très proches les uns des autres. Avec Mafia Douce, nous avons scellé un pacte.


Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Elephanz-Philippe-Mazzoni

JONATHAN VERLEYSEN

Etre frères dans le même groupe, cela présente des avantages comme des inconvénients... Comment le vivez-vous, vous?

La musique nous a littéralement réunis, Maxime et moi. Nous nous voyions peu avant de commencer à composer ensemble. Un jour, Max a eu envie d'enregistrer un début de chanson chez moi pour et nous avons réalisé le plaisir que nous avions à composer ensemble. Nous n'avons que deux ans d'écart et une histoire commune... ça permet d'être branché sur le même courant. Nous finissons fréquemment les ébauches de l'autre et nous avons suffisamment confiance pour laisser l'autre juger de notre travail. Dans la composition, nous laissons nos égaux de côté, la chanson étant au-dessus de tout. En revanche, être frères exacerbe toutes nos émotions, et nous explosons autant dans nos colères que dans nos joies. C'est aussi un moteur: nous aimons ce groupe aussi parce que nous l'avons créé ensemble.

Elephanz... Hommage aux White Stripes? À David Lynch? À Gus Van Sant? 

Difficile quart d'heure que celui du choix du nom. On a d'ailleurs pas voulu y accorder plus de temps que ça: au début, nous pensions d'abord à une interface pour faire écouter nos chansons qu'un réel groupe de musique. Nantes venait d'acquérir son Elephant mécanique géant, mais je ne sais plus si c'est vraiment cela ou le film de Gus Van Sant qui nous a soufflé l'idée. Nous l'avons écrit et le mot nous a paru assez graphique. Nous l'avons répété plusieurs fois pour écouter le son que ça faisait... On a rajouté le Z après, pour avoir un nom rien qu'à nous. 

"Time For A Change" est le morceau qui vous a fait découvrir du public. Quelle est son histoire?

Nous avons écrit "Time For A Change" un après-midi d'hiver, à Nantes. Nous étions assez moroses, je crois, et nous avions besoin d'écrire quelque chose de gai et d'épique. D'habitude, nous composons toujours la mélodie et la musique d'abord, sur un anglais phonétique qui n'a aucun sens, et le texte définitif vient quelques jours après. Sur cette chanson, la mélodie du refrain est venue en même temps que le texte. C'est peut-être un détail, mais c'est la seule chanson de tout l'album qui n'a jamais eu de brouillon.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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London Grammar-1

HANNAH REID, DANIEL ROTHMAN et DOT MAJOR.

Une musique?
En ce moment, l’électronique. On a mis du temps pour s'y plonger, mais on n'arrive plus à en sortir. C'est comme entrer dans un monde avec des millions de possibilités.

Une chanteuse?
Anna, la nôtre! Sa voix a beaucoup changé en l'espace de deux ans. Elle est à la fois très affirmée et fragile.

Un chanteur?
Jeff Buckley, qui, en plus de cela, jouait divinement bien de la guitare et écrivait des chansons à se damner. Une grande influence partagée par nous trois.

Un écrivain ?
Simone de Beauvoir : une intellectuelle engagée, indépendante, envers et contre tout.

Un personnage féminin de fiction?
N'importe quelle jeune femme de Jane Austen, que nous avons beaucoup lue à la fac. Nos toutes récentes études littéraires à Nottingham nous poursuivent.

Un personnage masculin de fiction?
Le parrain du livre de Mario Puzzi, joué par Al Pacino dans l'adaptation de Francis Ford Coppola. Notre trio, c'est comme une petite mafia... Notre code d'honneur est instransigeant.

Un conte de fée ?
Peter Pan. Nous ne voulons sans doute pas vraiment grandir, même si tous les événements des derniers mois nous ont forcé à prendre un peu de plomb dans la cervelle.

Un langage?
London Grammar, of course!

Une sensation?
Celle d'être ému au point d'en trembler. Ce que l'on ressent en écoutant une soul hyper expressive ou une électro très épurée.

Un rêve?
Pour cela, il faudrait récupérer le sommeil de nos nuits...


Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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French Cowboy 4


 

French Cowboy, c'est aussi une histoire d'amitié entre Federico et Eric, et entre ces deux-là et Jim Waters... Pouvez-vous nous parler un peu plus de la densité de vos liens? En quoi nourrit-elle votre musique?

FREDERICO: Oui, on peut dire que pour ma part, toute ma musique a toujours été une histoire d'amitié. Je n'ai jamais joué avec des gens qui n'étaient pas au préalable des amis, pour Jim, c'est un peu particulier, bien que l'amitié soit venue très vite. J'ai commencé la guitare un peu avant qu'Éric ne se mette à la batterie. Quand nous avons monté les Little Rabbits, la batterie était un poste vacant qu'Éric a décidé d'occuper parce qu'avant tout, nous voulions monter un groupe de potes. Des potes qui trainaient ensemble le week-end, écoutions le même style de musique. Nous partagions tout. On peut dire d'une certaine façon que nous avons appris à jouer de la musique ensemble, moi avec son jeu de batterie, lui avec mon écriture, ce qui rend les choses assez immédiates. Quand je lui joue une chanson, il voit très vite comment elle tient debout (quand elle tient debout) et lorsqu'il fait telle relance ou prépare un break, je le vois venir d'aussi loin que le train.

 

Directe mais réfléchie, votre musique est assez paradoxale... Est-ce conscient ?

Dans cet album, il y a une sorte de mélancolie qui me caractérise, comme un art de vivre ou un tic. Mais n peut dire que la musique est entraînante : je voulais profiter au maximum du duo batterie /boîte à rythmes, qu'elles soient complémentaires et riches, qu'elles se relancent l'une l'autre de manière instinctive. J'ai fait ces morceaux assez vite, essayé d'en conserver le squelette...

 

Même si vous n'êtes pas à votre premier coup d'essai musical, loin de là, cet album reste un premier album puisque le projet est neuf... En quoi est-il, selon vous, un premier album?

De par son orchestration. En même temps, j'ai presque tendance à considérer chaque album comme le premier, comme on mélange les cartes et les redistribue. Je fais quasiment toujours un album en réaction au précédent, pas forcément sciemment. Disons que lorsque j'en finis un, je me dis que j'ai donné, que j'ai envie d'autre chose, que ça suffit pour aujourd'hui. J'ai envie d'autre chose. Et si on en refait un à deux, ce sera pareil. À chaque fois, on tire inconsciemment des conclusions, on se lasse, on se relance et c'est reparti.

 

Si French Cowboy & The One devait avoir une devise...?

Keep rockin' (if rock is what we're doing...)

 



Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Gramme


LUKE HANNAM

Premier coup de foudre musical ?

Olivers Army d’Elvis Costello. J’aimais beaucoup ses paroles, surtout "the boys from the Mersey and the Thames and the Tyne"… La voix d’Elvis est incroyable et sonnait à merveille lorsque je le chantais à tue-tête sur ma bicyclette à travers toute la ville. Je pense que j’avais l’impression de grandir - j’avais dix ans au moment de sa sortie, ce qui me semblait être un âge très, très important. De plus, mes parents disaient que ses fans avaient toujours un couteau sur eux, ce qui était terrifiant et d’autant plus excitant.  

Premier concert ?

Motorhead aux Assembly rooms de Derby, en Angleterre. Je me souviens que c’était le Bomber tour et les jeux de lumières étaient dingues ! Lemmy a beaucoup influencé mon jeu quand j’étais gosse et je me souviens avoir adoré Hawkwind quand j’étais à l’école primaire... Minimal, mais caillouteux comme un tracteur – un parfait son de basse. 

Première chanson jamais écrite ?

Une chanson dans la veine des Beatles quand j’avais 11 ans – l’année où j’ai commencé la basse. Ce n’est que plus tard que j’ai réalisé que j’avais bel et bien copié leur "Taxman".... C'était un sentiment incroyable. Une fois que j'ai découvert cet octave à la basse je suis devenu accro, et je le suis toujours!

Premier album acheté ?

By the Shadows, une compilation achetée avec l’argent qu’on m’avait donné parce que j’avais été courageux chez le dentiste ! Un disque brillant que j’aime toujours autant. Des bons sons de guitares qui seraient parfaits en bande sonore d’un film.

 

SAM LYNHAM

Premier coup de foudre musical ?

J’ai commencé le piano à l’âge de 4 ans et je suis tombée vite amoureuse de la musique classique, j’avais une passion véritable pour Mozart et la Sonate en do majeur est la première pièce que j’ai apprise. Je pouvais la jouer encore et encore, quitte à y consacrer mon heure de déjeuner à l’école. Mes parents n’en pouvaient plus !

Premier concert ?

The National Youth Jazz Orchestra au Paignton Festival Hall, en 1986. J’avais 13 ans mais j’ai réalisé alors que ce que je voulais, c’était chanter du jazz dans un big band. Cette année-là, j’ai rejoins The Devon Youth Jazz Orchestra… Le début de ma carrière.

Première chanson jamais écrite ?

C’était pour un concours de chansons de Noël, quand j’avais 12 ans. Elle s’appelait "Seasons song". J’avais bossé dessus à fond et j’avais même écrit une partie pour un quatuor de cordes. J’ai reçu un chèque de 25 livres et je me souviens avoir pensé : "Je suis riche !"

Premier album acheté ?

Dare, de The Human League. Je devais avoir 9 ou 10 ans et j’étais obsédée par le single "Don't you want me." Je pense que je l'ai toujours quelque part, avec des notes griffonnées plus de mon écriture désordonnée.

 

DAVE BATEMAN 

Premier coup de foudre musical ?

Blondie. J’avais une cousine plus âgée que moi, une authentique punk londonienne. Cette année-là, les punks faisaient toutes les couvertures de magazines. Quand j’ai rassemblé mon courage à deux mains lors d’une réunion de famille pour lui adresser la parole, je lui ai demandé : "Donc, tu aimes Blondie ?" Elle fut mortellement vexée :"Blondie n’est PAS une punk !" Très perturbant pour un enfant.

Premier concert ?

Roger Waters, le Hitchhiker tour à Birmingham. De très belles images, mais une performance sans âme…

Première chanson jamais écrite ?

Enfant, j'ai écrit une chanson poignante et parfaitement ridicule pour mon chat. Mes parents ont été très compréhensifs.

 

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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The Shades-Philippe-Mazzoni


Pourquoi avez-vous monté votre propre label, Mélodie Mentale? 

Nous avons monté notre propre structure car nous cherchions à atteindre l'indépendance artistique totale. Travailler avec Bertrand Burgalat pendant six ans a été une chance, une expérience extraordinaire, cet apprentissage est inestimable. En revanche, nous sommes arrivés à un point de notre jeune carrière où nous avions besoin de nous retrouver seuls en studio, besoin de faire nos propres choix, nos propres erreurs aussi.
 
McDonalds a un slogan, "venez comme vous êtes", vulgaire traduction du morceau de Nirvana... Mais il colle vraiment à notre son sur cet album, nous sommes venus comme nous étions, et au final ça sonne comme nous le voulions. 
 
Troisième album, tournant décisif pour vous? Quel était votre état d'esprit en enregistrant Les Herbes amères?
 
Les séances d'enregistrements étaient merveilleuses. C'était chez un pote, Mario Ricci, au Alien Studio qui se trouve à Bonneuil près des bords de la Marne. Il faisait beau, nos amis venaient tout le temps. Nous avons passé de très bons moments à rigoler, faire de la musique, se détendre... La créativité était là, l'énergie aussi, la rage et la détermination de faire un disque qui nous plaise et qui nous ressemble. 
 
Les Shades en 2023, qu'est-ce que cela pourrait donner?
 
Nos albums sont de plus en plus énergiques... Si nous continuons comme ça, en 2023 nous ne ferons que des chansons de 1min30, comme le groupe californien OFF! De toutes façons, plus le temps passe moins les gens écoutent les chansons en entier. Certains artistes pensent leurs morceaux comme des sonneries de téléphones de 20 secondes. Malheureusement, je crois que c'est ça l'avenir de la musique. Au final, nous ferons peut-être des chansons d'1h30 pour prendre tout le monde à contre-pied.
 
S'il fallait définir Les Herbes amères en trois mots?
 
Artisanal, virevoltant, obscur.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Lunivers-Philippe-Mazzoni

 

Comment est né le projet de Lunivers? 

JAÏS ELALOUF: Lunivers est né d'une rencontre amoureuse entre deux artistes très singuliers et "connectés" à la vie, la chanteuse russe Lena Kaufman et moi-même, qui suis un vidéaste connu sous le nom de DJ Oof. Celle-ci n'a pas duré et le EP montre l'évolution de cette relation, du plus doux au semi-joyeux, au plus ténébreux. Nous avons deux titres en cours qui nous enmènent dans une nouvelle direction, toujours avec cette approche rêveuse et entrainante.

 

Pourquoi l'avoir appelé ainsi - ce n'est pas rien, comme nom!?

Parce que l’humanité est une seule famille de la même chair, dont la vie et le bonheur est interdépendant. Une vision qui parait hélas utopiste, en effet s’aimer les uns les autres passe de nos jours pour quelque chose d’étrange.

 

Quelles sont vos priorités artistiques en 2013?

Terminer notre live, nous nous produirons sur scène courant juin. Un nouveau clip sur "All I See Is You" qui promet d'être aussi bien que "Happy Route"! En solo, Lena réalise un album pour enfants avec un orchestre en hommage à un de ses amis qu'elle récemment perdu. Elle continue a composer de nouvelles chansons folk... En tant que Oof, je peaufine mes nouvelles créations audiovisuelles en tant que réalisateur: Pink scenes, le festival Trip (Expo + perf AV, au Centre Barbara 5 avril), High scenes (films liant drogue et musique - Expo "sous influences à la Maison Rouge, 16 mai), et toujours Dance Conscious qui est à la fois une série de vidéos engagées pour le bien-être commun et un show audiovisuel construit pour dévoiler et accuser les rouages d’un système capitaliste débridé.  Le prochain film de ce projet est "Meat Me", il dénonce l'absurdité de manger de la viande, devenu un poison pour l'homme à cause de l'élevage industriel, et responsable du plus lourd bilan carbone. Je tiens aussi une émission de radio engagée pour le bien de l'homme, "Histoire de Oof" sur Radio Marais, et je souhaite créer un Eco-village artistique dans le sud de la France (www.eva.coop)!

Enfin, il y aura les 15 ans de mon agence de promotion musicale, Ping Pong, les 3 et 7 mai à la Bellevilloise et La Machine!

 

Peux-tu nous parler de ton rapport passionné au psychédélique?

C'est d'abord en réaction à la soupe qui passait à la radio dans les années 80 que je suis tombé dedans étant ado. Je trouvais la musique de la fin des années 60 tellement plus riche, libre, etc. Et pour cause! J'ai compris plus tard que cette époque avait initié le détachement par rapport à l'ordre établi, l'écologie, la vraie liberté sans consumérisme. Que tout était lié... Ainsi, le graphisme va déborder de couleurs, d'obsession du détail, d'illusion d'optique, de surréalisme et de retour à la nature et au mysticisme. Je suis devenu donc accro à cette iconographie et je la collectionne intensivement.

 

S'il fallait définir le disque de Lunivers en trois adjectifs?

Lumineux, frais et envoûtant!

 

http://www.oof.cx

https://www.facebook.com/luniversmusic

http://kaufmanlena.ru/


Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni