Ezra Furman-Philippe-Mazzoni

Non, la musique ne me rend pas plus fort. Les artistes peuvent devenir un danger pour la norme, et toute dynamique de pouvoir est effrayante. D’après moi, rien ne compte à part les sentiments humains.

Tout petit, je voulais faire de la littérature, mais je n’étais pas vraiment doué. Aujourd'hui, j’essaye encore d’écrire de la bonne fiction, mais rien ne me satisfait, hormis ce disque, Transangelic Exodus, qui est une confession fictionnelle. C’est le plus narratif que tous mes albums. Il y a beaucoup de personnages, de situations, de sentiments... j’avais pour ambition d'en faire une sorte de roman élégiaque. 

Beaucoup de nos peurs se sont réveillées dernièrement. Même si pour ma part, j’ai grandi avec l’idée sous-jacente que si mon pays ne voulait plus de moi, il fallait être prêt à partir. C’est une manière de pensée héritée de la Shoah...

J’espère que mon album pourra rendre plus empathique ceux qui l’écoutent envers ceux qui ne profitent pas pleinement de la démocratie. Quand on est queer, il faut être sur ses gardes, toujours, se préparer aux pogroms. Même si je me sens assez protégé - aussi protégé que radicalisé.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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